Seven To Eternity #2, Jerome Opena
Seven to Eternity

Des créatures merveilleuses, une terre en ruine, une obscurité omniprésente, un mystérieux God of Whispers, sept héros sur le chemin d’une quête périlleuse pour sauver un monde plongé dans le chaos. Tout semble avoir commencé sur une terre riche en éléments fantastiques, une terre où la magie et le merveilleux s’épanouissaient. Une classe de brave héros protégeait cette paix jusqu’au jour où l’un d’eux fit basculer l’éden dans une guerre sans fin, dans un monde où la peur est maîtresse, où la liberté est illusoire.

Nous n’avons, pour le moment, qu’accès à neuf numéros de cette excellente histoire par le génial scénariste Rick Remender et le talentueux Jerome Opena, sans oublier le magique Matt Hollingsworth et sa magnifique palette de couleurs. Le 18 juillet prochain, le numéro dix de la saga voit enfin le jour, pour célébrer cette merveilleuse nouvelle je vous offre cet article qui tente, tant bien que mal, de célébrer cette aventure magique.

Je pourrais m’attarder longuement sur la saga : entre la beauté des dessins d’Opena, les tours de force scénaristiques de Remender, les personnages, il y a matière à discuter. Néanmoins je m’attarderai sur la force qui m’a le plus impressionné : la construction scénaristique et plastique de l’univers.

Seven To Eternity #1, Jerome Opena

Le monde et les personnages créés par les auteurs sont tout simplement incroyables. Afin de permettre l’immersion totale du lecteur dans une histoire, le monde dans lequel évoluent les personnages se doit être palpable, réaliste dans son imaginaire. Remender et Opena réussissent avec brio ce coup de maître. Chaque ethnie, chaque paysage, chaque architecture sont extrêmement détaillés, sans être corrompus par un inutile didactisme. Opena ne décrit pas les us et coutumes des peuplades parcourant l’univers de Zhal, il ne consacre pas non plus des cases entières à l’exposition des lieux et paysages. Non, très intelligemment, il fait vivre les arrière-plans. L’action principale suit son cours pendant qu’en arrière-plan le monde de Zhal vit et nous livre ses secrets. A travers ses fonds Opena nous livre une diversité incroyable. Pas un être ne ressemble à l’autre, pas un bâtiment ne se répète, chaque paysage contient une biodiversité riche et détaillée qui, tout en donnant un existence réelle à l’univers, est aussi un discours sur l’état des personnages et l’Histoire de Zhal. Chaque ruine à une présence, chaque ville a un passé et un présent répondant aux questions du lecteur.

Seven to Eternity #4, Jerome Opena

Sans discours futiles les auteurs parviennent à remettre les pendules à l’heure. Les informations diégétiques arrivent au fur et à mesure, aucune pierre ne reste retournée. Tout est expliqué, mais il faut prendre son temps afin de le déchiffrer à travers le dessin et les textes. Nous sommes face à deux choses : à la fois un désir de rendre réel un univers complètement imaginaire, sans ancrage dans notre réalité, et à la fois, cela reste une supposition de ma part, un désir de provoquer un travail intellectuel chez le lecteur. Je m’explique sur ce dernier point : nous sommes directement plongés dans l’histoire, sans explication, nous arrivons en plein milieux de l’exil du clan Osidis. Pourquoi ? Comment ? Où ? Rien n’est dévoilé. Bref, le lecteur n’est pas confortablement installé en possession de toutes les informations nécessaires à une bonne compréhension de l’histoire. Remender et Opena sont deux génies dont la démarche est exceptionnellement intéressante : le lecteur se doit de lire, d’observer et de déchiffrer le texte et les cases afin de comprendre le monde de Zhal. Ceci est à la fois un divertissement fourni par les magnifiques dessins d’Opena, les scènes d’actions et les personnages charismatiques et un travail intellectuel proposé par les auteurs. Une démarche très intéressante qui sera, je l’espère, perpétuée dans les numéros à venir.

Seven to Eternity #5, Jerome Opena

Une brève interlude au sujet des couleurs. Si vous ne connaissez pas Matt Hollingsworth, pas de souci, vous avez devant vous des heures de pur bonheur. Ce californien passionné de bière est l’un des meilleurs coloristes de ces dernières années. Son spectre de couleur semble être infini. Chaque case, chaque scène semblent être l’occasion d’expérimenter une nouvelle couleur. Prenez par exemple le neuvième numéro de la saga : les personnages parcourent une série d’îles défiant la gravité. Flottantes au milieu d’un ciel étoilé, elles regorgent de villes et paysages. Admirez ces champignons géants dont les couleurs illuminent l’obscurité d’une nuit sans fin ! Le firmament brille de couleurs habitant uniquement nos rêves les plus fous. Hollingsworth est un génie. Les couleurs ne remplissent pas uniquement les formes délimitées par le brio d’Opena, elles appellent aussi une lecture parallèle. Une information glisse sur les personnages, sur l’état des lieux, elles participent notamment à rendre palpable un univers merveilleux que les simples lecteurs d’une réalité appauvrie ne peuvent saisir.

Seven to Eternity #5, Jerome Opena

Seven to Eternity est une œuvre géniale qu’il ne faut pas rater. Je vous conseille donc, avant la sortie du numéro dix, de vous procurer les deux premiers TPB afin de parcourir la terre écorchée de Zhal.

Aurélien Banabéra

Libraire Spécialisé

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