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Coups de cœur du libraire

Sans grande surprise, sans aucun originalité non plus, mon coup de coeur de cette semaine est le dernier Batman, Batman #57, par Tom King, Tony Daniel, Mark Buchingham et Andrew Pepoy. Si la lecture de Nightwing #51, Nightwing nouvelle version par Scott Lobdell, Travis Moore et Garry Brown, tout comme celle de Mr and Ms X #4 par Kelly Thompson et Oscar Bazaldua, m’ont aussi fait passer un bon moment, ce n’est rien comparé à Batman #57.

Batman #57 - Tom King, Tony Daniel, Mark Buchingham et Andrew Pepoy

Au départ circonspect après une première lecture, il m’a fallu plusieurs minutes de réflexion pour comprendre tout ce qu’a voulu mettre en place Tom King en racontant cette histoire. Car cet épisode est on ne peut plus déroutant, et pour cela je dois remercier/maudire Tom King de proposer ainsi des lectures au sens caché. Car on pourrait résumer rapidement cet épisode : Batman retrouve the Beast, et les deux adversaires se battent dans la neige. En parallèle, on suit la lecture d’un conte pour enfants mettant en scène des animaux piégé dans un trou. Une ligne et demi, et c’est plié. Sauf que bien des sens cachés peuvent être trouvés dans cette ligne et demi de résumé.

Ce qui m’a intrigué, c’est la partie conte pour enfant. Le combat de Batman dans la neige, aussi beau soit-il – dessiné par Tony Daniel – reste pour moi assez basique. Alors qu’il y a tout un monde de symboles dans ce conte (qui trouve tout son sens avec la page finale !). Si on départ on peut y voir un rapprochement entre Batman et son ennemi the Beast, qui sont les deux enfants auxquels on raconte cette histoire – rapprochement bien connu de l’art de Tom King, qui est déjà passé par là dans son arc I Am Suicide, établissant un parallèle entre Bruce Wayne et Bane – je pense que le conte est surtout un moyen de comprendre la solitude de Bruce Wayne. Pourquoi il en souffre, ce qu’il fait pour y remédier, et qui est la cause de cette solitude. Tel un renard, Bruce s’entoure du mieux qu’il peut, mais dès qu’il se trouve bloqué, au fond du trou, il ne fait rien pour améliorer la situation. Au contraire, il s’enfonce encore en refusant l’aide des autres et, plutôt qu’accepter leur présence dans sa vie, s’isole en les dévorant. Ce comportement a déjà été observé dans Batman & Robin de Tomasi (après la mort de Damian Wayne), et c’est exactement la même chose que Bruce a fait après le tragique Batman #50. Maintenant que son premier compagnon de lutte, Dick Grayson, a été attaqué, il part se venger, sans se retourner. Sans un regard en arrière pour le premier Robin, lui qui a tant de fois risqué sa vie en prenant la place de Bruce dans le costume de Batman.

Enfant suicidaire, héros traumatisé, Batman a perdu son aura de combattant final entrevenu lors du run de Snyder et Capullo. Tom King fait de Bruce Wayne le véritable héros de son histoire, et de Batman la béquille sur laquelle le milliardaire se repose – peut-être trop.

 

Mathieu Guitonneau

Libraire spécialisé Album

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