ACTION COMICS #1000

Oui, vous avez bien entendu, le monde entier est au courant : Action Comics atteint le gigantesque millième numéro. Moment historique pour DC et le père de tous les super-héros, Superman. Le Kryptonien célèbre sa 80ème année. Toujours aussi fringant et costaud pour un papi. Mais bon, étant Superman, avoir 80 ans, c’est comme avoir 30 ans pour les simples humains que nous sommes. A L’occasion de cette sortie un petit article semble être de mise. Que dire ?

Action #1000 est une célébration avant tout, celle de Superman et de DC comics. Action comics #1 et la naissance de Superman datent de juillet 1938. Il est rare qu’une série dure aussi longtemps, mais « the Man of Steel » continue de vivre des aventures extraordinaires. Ce numéro spécial sera composé de 80 pages et tous les grands noms de DC apporteront leur pierre à l’édifice : Jim Lee, Tim Sale, Olivier Coipel, Scott SnyderBrian Michael Bendis, venant récemment de passer chez DC Comics y écrira sa première histoire. Chaque décennie des 80 ans de Superman aura droit à une variant cover réalisée par des dessinateurs différents. Regardons de plus près chacune de ces couvertures.

1930

Les années 1930 ont été confiées à Steve Rude, co-créateur de Nexus en 1981 chez Capital Comics. Steve Rude a très peu dessiné Superman. Son affectation à la couverture a peut-être été motivée par ses travaux sur World’s Finest en 1990 et Adventures of Superman en 2014, avec une approche graphique proche des années 1930-1940. Rude a notamment travaillé sur l’encyclopédie de DC, le fameux Who’s Who : the Definitive Directory of the DC Universe (1985-1987), une raison de plus pour lui confier cette tâche sur les années 1930. Essayons maintenant de comprendre le choix de l’artiste. Si vous regardez les couvertures de 1938 à 1940 d’Action Comics, vous remarquerez deux choses. Primo, Superman est rarement représenté. Deuzio, à chacune de ses apparitions sur une couverture, il est toujours en conflit avec un objet de taille et d’un poids impressionnant : il soulève une voiture pour le célèbre #1, il arrête un sous-marin sur le #15, il porte un char sur le #17… Comment capter l’attention du public en cette fin des années 1930 ? Un public découvrant un homme en collant confronté aux moyens de locomotion symbolisant les réussites scientifiques ou techniques de l’époque. Imaginez-vous être un gamin qui tombe sur cette couverture où un espèce de lutteur de foire soulève un char d’assaut, boum ! votre attention est directement captée, voire capturée. La couverture de Rude rend hommage aux deux premières années du Kryptonien détruisant un gigantesque édifice de pierre, pendant qu’en arrière plan des figurines cagoulées lui tirent dessus. Lors des premières années de Superman, ses ennemis n’étaient pas des super vilains mais de simples gangsters. Ainsi ces figurines cagoulées représentent, on ne peut mieux, ces groupuscules malfaisants du début du XXe siècle.

Couverture suivante : les années 1940 par Michael Cho. Ici l’événement représenté n’est pas un mystère : la Seconde Guerre mondiale et la participation de Superman. Malgré son statut de citoyen hors norme, notre homme d’acier a participé à l’effort de guerre. La propagande, d’un côté comme de l’autre, était au cœur des terribles années de lutte contre le nazisme. Aux Etats-Unis, cinéma, littérature et comics se sont mis au service de cette lutte. Le petit cadre au bord gauche du comics est un clin d’oeil de Cho aux comics de l’époque : les « war bonds », ou obligations de guerre, étaient présents sur tous les supports. Ce sont des titres de créances émis par le gouvernement afin de soutenir l’effort de guerre. Le choix de Michael Cho pour cette décennie semble évident lorsque l’on connaît son travail. Il a réalisé la plupart des couvertures pour les rééditions des comics du Golden Age et Silver Age de DC Comics, dont notamment les Supermans du Golden Age. Du coup il était parfait pour le rôle. Le style de Michael Cho sur ces illustrations se rapproche naturellement des illustrateurs des années 1930-1940.

1940

1950

Passons aux années 1950 avec le légendaire Dave Gibbons. Si vous vous sentez obligé de demander pourquoi Gibbons s’occupe des années 50, cela signifie que vous avez un trou énorme à combler dans votre culture littéraire (oui, la bande-dessinée appartient à la culture littéraire). Accompagné du grand Alan Moore, Gibbons a dessiné Watchmen (1986-1987), ce groupe de super héros évoluant sur une Terre alternative entre les années 1940 et 1960, durant les années chaudes de la guerre froide. Faut-il que j’explique plus en détails le choix de cet illustrateur pour les années 1950 ? La couverture en question n’a rien à voir avec la guerre froide ou les Watchmen. Il s’agit de Superman. Pourquoi les extra-terrestres ? Les années 50 ont vu nos amis, en général plutôt ennemis, de l’espace envahir l’imaginaire populaire de l’Occident. Que ce soit au cinéma ou en littérature, ils semblent être partout. N’oublions pas que Roswell est tout frais ! Concernant Superman et les années 1950, je dois avouer que je ne connais pas grand-chose, mais je suis sûr qu’il a combattu un ou deux extra-terrestres voulant détruire la Terre. Notons que Brainiac, l’un des ennemis principaux de Superman, est apparu pour la première fois en 1958 dans Action Comics #242, ce n’est certes pas un petit homme vert (un géant vert plutôt) mais le rapprochement est peut-être possible.

Êtes-vous toujours là ? Nous sommes plus ou moins à la moitié des couvertures. Tenez Bon !

Les années 1960 ont été attribuées au génial créateur de Madman (1990), Michael Allred. La couverture de l’artiste respire l’esprit des années 1960, du Silver Age. Ayant récemment travaillé sur Batman 66, il semblait en effet prédisposé pour accomplir cette tâche. Sur la couverture apparaissent tous les personnages participant à la mythologie du Kryptonien. Nombre d’entre eux ont été créés vers la fin des années 1950 – début 1960, et marquent ainsi la période Silver Age de Superman. Brainiac, Supergirl (action comics #252, 1959), Bizarro (Superboy #68, 1958) et même Lori Lemaris (Superman #129, 1959). La couverture d’Allred fait référence à de nombreux événements et couvertures de la fin des années 50, plus que de la décennie suivante. Comme vous pouvez le voir avec les personnages représentés, la plupart sont nés en 1958-59, Superman et la clé géante de Fort Superman est une reproduction d’Action Comics #241 (1958). Je serais tenté de dire que le dessinateur rend ici hommage aux fondations des années 1960, aux événements ayant inspiré la construction du Superman du Silver Age. Dans tous les cas il s’agit d’une superbe couverture, de loin l’une de celles que je préfère.

1960

1970

Jim Steranko s’est vu attribuer les années 1970. La couverture est superbe : Superman s’accrochant fermement au drapeau américain durant une décennie où les Etats-Unis sont secoués par des scandales politiques (Watergate), des crises (la crise pétrolière de 1973, la crise énergétique de 1979), la défaite du Vietnam (1975) et ses conséquences sur le pays ; une décade qui a vu trois présidents se succéder (Nixon, Ford et Carter). Superman sauveur d’un pays en crise identitaire ou bien éternel optimiste qui ne perd pas espoir et s’accroche aux pays qui lui a donné asile et son identité. N’oublions pas qu’avant toute chose le Kryptonien reste un symbole des Etats-Unis. Le choix de l’artiste est peut-être un peu flou car Steranko n’a travaillé que sur quelques titres chez DC.

Les années 1980 et la couverture de Joshua Middleton récemment dévoilée. Eh bien, j’attendais Byrne pour cette période, mais DC ne m’a pas sollicité pour choisir le dessinateur. Que dire de cette couverture ? Le fameux costume de guerre vert de Luthor, apparu dans Action Comics #544 en 1983, est représenté. Je dois avouer que je reste un peu perplexe devant cette couverture. Certes le cercle privé des ennemis et amis les plus intimes de l’homme d’acier apparaît, néanmoins je ne vois pas le rapport avec les années 1980. Et croyez-moi, j’ai cherché. Les flashs pourraient-ils être une référence aux différents films sortis durant cette décennie ? Peut-on voir une ressemblance avec Christopher Reeves ? Y a-t-il un rapport avec Crisis on Infinite Earth, événement marquant des années 1980 ? Un lien avec Man of Steel et le passage de Byrne sur la série ? J’ai du mal chercher et je vous en prie, n’hésitez pas à m’interpeller si vous voyez ce que je ne parviens pas à voir !

1980

1990

Couverture géniale, choix parfait des artistes : Dan Jurgens et Kevin Nowlan. Dan Jurgens est le dessinateur de Superman durant les années 1990 et Nowlan l’encreur de certaines des histoires. La mort de Superman, oeuvre iconique de cette décennie, est due à Jurgens. DC a ainsi fait un choix judicieux pour représenter les années 1990 de Superman.

Enfin, Lee Bermejo s’est occupé de la première décennie de notre XXIe siècle. Un Superman plus obscur mais aussi plus proche de la réalité. Un désir de réalisme touche la bande-dessinée avec la démocratisation du digital. Un nouveau siècle et un nouveau levé de soleil pour l’homme d’acier. Nous sommes loin du dessin enfantin des années 1930. Superman a évolué, a grandi pour devenir l’homme qu’il est maintenant.

2000

Jim Lee Tour Edition

Pour finir, un petit aperçu de la couverture Jim Lee Tour Edition avec un personnage énigmatique combattant Superman. Qui est-il ?

 

Aurélien Banabéra

Libraire spécialisé comics

Album comics

EN RELATION AVEC VOTRE ARTICLE

ARTICLES QUI POURRAIENT VOUS INTERESSER


Batman : Damned et le Black Label DC

Coups de cœur du libraire

COUPS DE COEURS DES LIBRAIRES