
Par Angèle Villeneuve, libraire Album
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Mézolith (tome 1)
Mézolith, livre 1, est une magnifique bande dessinée écrite par Ben Haggarty, l’un des conteurs modernes les plus célèbres d’Angleterre, et dessinée par Adam Borckbank, plus connu pour son travail au cinéma sur des story bord tels que Harry Potter, X-Men, Sleepy Hollow ou Alice au pays des merveilles.
Voici un étonnant récit que nous proposent les éditions Soleil Celtic. Jusqu’ici cette collection se composait essentiellement d’histoires extraordinaires et féeriques, traitant de sombres légendes bretonnes ou issues de célèbres mythes celtiques. Ici, Mézolith nous raconte la survie d’une tribu de chasseurs de l’âge de pierre, il y a environ 10 000 ans. Les Kansa vivent sur les rivages de la Mer du Nord, où le danger les guette en permanence. En total accord avec la nature et ses mystères, ils vivent au rythme des saisons qui amènent avec elles leurs lots de joies et d’inquiétudes. À travers les yeux d’un garçon nommé Poika, enclin à devenir adulte, nous découvrons leur culture et mode de vie, entourés de présages et de magie, de chimères et d’ennemis. Voici les péripéties insolites d’un peuple, où la force et la sagesse des aînés guident les pas des plus jeunes, où les chamans côtoient l’invisible, et où l’initiation s’inscrit dans la pure tradition orale transmise de générations en générations.
Le style d’écriture est d’ailleurs en harmonie avec cette coutume. Sous forme de chapitres bien distincts, le scénariste nous met face à des situations de survies pures ou nous conte avec poésie des légendes qui peuplent l’imaginaire du clan. Le dessin quant à lui réaliste, nous entraîne dans un monde étrangement crédible, aux couleurs verdoyantes où les éléments se disputent entre le rouge foudroyant du sang et des flammes et le bleu scintillant des larmes et de l’eau.
Entre onirisme et interprétation libre, les auteurs nous entrainent sur le chemin de nos aïeux. Au temps du règne animal, à l'aube de l'humanité, là où les hommes côtoient autant la bestialité et la beauté de la nature que la magie et… l’horreur ! |
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Zombies- La divine comédie (tome 1)
Peru au scénario, Cholet au dessin et Champelovier à la couleur, ce trio forme une très bonne équipe et nous gratifie du premier tome de Zombies chez Soleil, collection Anticipation. Comme le nom l’indique, nous avons affaire là à une histoire d’épidémie et d’organisation de survie.
Dès la scène d’introduction qui est vraiment haletante et surprenante, on entre dans le vif du sujet. Elle annonce de façon puissante le ton général du livre. Le ton donc, est sombre car réaliste. Nous suivons ici le parcours et surtout les pensées (omniprésentes en voix off) de Sam, héros qui nous dévoile peu à peu sa vie et ses motivations. Cette narration, très bien maitrisée par le scénariste, nous plonge, nous lecteurs, dans l’intimité de ce personnage crédible avec qui l’identification est simple et rapide. Ce parcours est une quête, le héros recherche sa fille et agit en solitaire, jusqu'à sa rencontre avec un jeune adolescent. Bien évidemment cela redonne un peu d’espoir dans une situation catastrophique. Toute la question est de savoir si cela sert à quelque chose ou si tout est réellement perdu...
Le scénario est si bien ficelé que je ne peux vous dévoiler l’intrigue en profondeur. Vous le découvrirez en lisant ce petit bijou. Le dessin est bien employé, dans un style qui ne dénature pas des habitudes graphiques de l’éditeur, quoiqu’on sente tout de même une influence américaine moderne. Les couleurs sont justes, ajoutent à l’ambiance pesante.
Premier tome donc d’une série à fort potentiel qui risque en plus de prendre beaucoup de maturité et qui prouve, quoiqu’en dise certains, que la BD de genre est en forme. |
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Grand Prix- Tome 1 Renaissance
Auteur : Marvano. Editeur : Dargaud.
Vraoum vroum, voici une bande dessinée intéressante sur la course automobile. Présenté sous forme de « docu-fiction » si l’on se réfère à la préface écrite par Jacky Ickx (les amateurs de sport automobile savent bien qui est cet illustre coureur), cet ouvrage raconte « une histoire vraie qui n ‘a jamais eu lieu » si l’on se réfère à la page de garde. Tout ceci semble mystérieux, mais en fait c’est très simple. L’histoire EST celle de la course automobile. Tous les protagonistes ont réellement existés, ont eu des rapports entre eux et sont les héros courageux du circuit, voire même un peu inconscients vu le faible degré de sécurité des bolides.
Nous suivons ici le parcours des coureurs, et l’évolution des voitures. Tout commence dans les années 20 et se termine après l’accession au poste de chancelier du tristement célèbre Hitler. Hitler avait une passion bien connue des voitures de courses même s’il ne conduisait pas lui même. Au début de son règne politique, il encourage les constructeurs à fabriquer des machines de plus en plus puissantes, qui ne seront pas forcement conduites par des Allemands. A ce moment de l’histoire, les coureurs qui participaient pouvaient être italiens ou Français, voire même Anglais, s’ils étaient meilleurs pilotes que les Allemands. La suprématie devait venir des véhicules (ce qui mènera à la construction de la Volkswagen). Les pilotes d’ailleurs ne se rendaient pas forcement compte de qui était Hitler, comment pouvaient-ils prévoir le futur ? Leur but étant de dépasser leurs limites et de se railler de la mort.
Tout cet aspect historique fait que cette BD s’adresse à un public plus large que celui des passionnés de moteurs hurlants, ce qui donne plus de force à la narration.
La narration est d’ailleurs le point fort du récit. Le découpage est très bien mené et le rythme est bon, c’est très agréable à lire. Au point de vue du dessin, on peut regretter que comme beaucoup de passionnés de véhicules, l’accent soit vraiment mis sur une représentation parfaite des véhicules au détriment de certains posings et attitudes de personnages. L’utilisation massive de Photoshop pour les couleurs relève là d’une affaire de goûts. Tout ceci n’enlève rien de la qualité intrinsèque de l’ouvrage qui donne vraiment envie de lire la suite.
C’est donc une bonne bande dessinée pour les passionnés, les amateurs et les curieux !
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Moi, Dragon - La fin de la genèse (tome1)
Juan Gimenez est de retour avec une nouvelle œuvre épique aux éditions du Lombard, dont le premier tome annonce quelque chose de grandiose !
Oyez, oyez ! Le roi Belmont fait célébrer son anniversaire dans le château de Rosenthall ! Pour cet heureux événement, nombres de personnes sont invitées, notamment une troupe d’artistes ambulants, habitués à l’endroit : ce sont des amis d’enfance des enfants du roi. Parmi les saltimbanques, une des femmes est enceinte. Elle semble blessée voire étrangement malade, son visage est recouvert de bandages. Elle arrivera à terme le soir même pendant les festivités. Coïncidence ? Le volcan Ferona entre en éruption au même moment et la troupe de la terrible Made Troffen attaque le château, là encore au même moment. Le dragon qui se terre dans le volcan s’est-il réveillé ? Est-ce la fin du règne de Belmont ? Que cachent les bandages de la jeune mère ?
Cet ouvrage, qui joue clairement sur les codes de l’héroïc-fantasy, raconte une discorde entre deux peuples humains, qui sont de plus menacés par un peuple de dragons. Gimenez ne semble pas tenter (dans le premier tome, du moins) de renouveler le genre. Ses dessins, qu’il n’est plus la peine de présenter depuis son travail sur les Métabarons, sont beaux tout en restant très classiques, encore une fois, pour le style. Cela donne un ensemble très cohérent que les amateurs du genre et de couleur directe ne pourront qu’apprécier, et pour les nouveaux venus qui ne connaissent pas le travail de Gimenez, c’est une très bonne entrée en matière.
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Les Munroe
Après la série El Nino aux Humanoïdes Associés, le scénariste Christian Perrissin et le dessinateur croate Boro Pavlovic, se retrouvent pour une nouvelle saga. Premier volet d’une future série mêlant intrigue, argent, pouvoir, meurtre et trahison, Les Munroe démarre sur les chapeaux de roues, servi par un découpage vif au dessin précis et aux couleurs justes.
L’histoire se déroule en Afrique. Sean poursuivit par une lionne, court dans la brousse en uniforme de prisonnier. Son père, à la tête d’une plantation de café en déclin tente un remariage avec une jeune richissime beauté. Le frère de Sean
sillonne le ciel à la recherche de son cadet pour le retrouver le premier mais bien sûr, un flic intelligent et dur recherche lui aussi Sean, car c’est un cas intriguant qui plus est en cavale. En effet, Sean est accusé d’avoir tué sa petite amie, habitante d’un ghetto. Bien des indices semblent indiquer qu’il soit innocent. L’exemple le plus probant, pourrait bien être la crainte que le père ressent à l’idée que son fils revienne.
C’est une histoire haletante. Le scénario est subtil et commence à expliquer la suprématie en déclin des bons colonisateurs blancs sur les noirs qu’ils croient inferieurs. On se demande alors justement comment tout cela va tourner : thriller politique intelligent ou simple suite de clichés avec l’Afrique comme toile de fond ? Nous serons fixés dès le deuxième volume de se qui s’annonce pour le moment être une série prometteuse.
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Long John Silver (tome 3)
Tous à l'abordage chez Dargaud éditions! Xavier Dorison et Mathieu Lauffray nous livrent sans pitié la suite de Long John Silver, une série de piraterie récente devenue en peu de temps un pilier du genre. Ce troisième opus nous entraine au cœur de l'Amazonie et ses mystères.
Après une périlleuse et fourbe traversée de l'Atlantique, le Neptune s'approche enfin des côtes du Nouveau Monde délivrant ainsi les forbans d'un huit clos, où meurtres et mutinerie, ruse et beaux discours, placèrent Long John Silver à la tête de l'équipage. Au départ la chaloupe voguait sur les sillons de Lord Byron Hastings pour lui prêter main forte dans sa quête. Désormais sous le joug du pirate, tous les acteurs embarqués dans cette galère, ayant survécus, sont bien déterminés à mettre la main sur le fameux trésor de Guynacapac à priori découvert par le riche explorateur. Guidé par l’indien, un mystérieux autochtone, ils remontent le fleuve de l’Amazonie puis s’engouffrent d’affluant en affluant dans les entrailles du Labyrinthe d'Emeraude, jonché des vestiges d'une civilisation jadis prospère et riche. Un lieu étrange, qui lentement mais sûrement
devient suspect, signe d’un mauvais présage… Quant à Lady Vivian Hastings, l’épouse trahie et déchue, enceinte et à l’initiative du plan, elle suit les ordres du capitaine et mâche en silence sa vengeance, sous l’œil attentif du docteur Livesey, notre narrateur. La série gagne en force grâce à sa dérive progressive dans l’inquiétant. Un scénario très bien mené, qui plus est porté par un dessin en corrélation parfaite avec l’histoire où l’ambiance est moite et la forêt alentour foisonne et frissonne.
Découvrez ce récit de piraterie par excellence, où la crasse et la poisse transpirent des personnages et des situations extrêmes dans lesquelles ils sont plongés. Car à mesure que la destination s’approche, le mystère s‘épaissit… Un troisième volume tressaillant et haletant qui nous entraine au portes de l’inconnu.
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Nécron (volume 7)
Retrouvez aux éditions Cornélius, le septième et ultime volume de Nécron, la série culte de Roberto Raviola allias Magnus. « Alors qu’on l’a longtemps crue morte, la doctoresse Frida Boher réapparaît soudain dans une ville d’Amérique du sud. » Et oui à notre grande surprise et pour notre plus grand plaisir, se poursuit l’épopée de notre éminente scientifique accompagnée de son fidèle Nécron.
Souvenez vous. Frida Boher, dominatrice vicieuse, décide un jour d’assouvir son fantasme ultime : créer son esclave sexuel sur mesure. Nécrophile et ambitieuse, elle use, sans scrupule, de cadavres et pioche les différents membres nécessaires à la réalisation de son projet titanesque. Quel clin d'oeil délectable à l'œuvre de Marie Shelley! Car Magnus revisite avec ironie le mythe de Frankenstein, en nous proposant une version hard et érotique d'un duo classique et incontournable. Ainsi naquit Nécron, mi mort, mi vivant, mi homme, mi « bête », physiquement adulte, mentalement enfant. Le résultat est surprenant : un gros débile à la puissance sans commune mesure, membré comme un étalon! Cet acte d’hérésie contraint notre doctoresse et sa créature, à quitter le cercle scientifique pour échapper au pire. Mais ceci n’est pas une fuite ; plutôt l’occasion d’emprunter gaiement le chemin de l’inconnu et de fouler la terre d'horizon variés avec pour objectif premier : «conquérir le monde». Un long voyage les attend semé de rencontres improbables en tout genre.
Aventure burlesque, cette série est généreuse grâce au scénario gonflé et rebondissant qui nous propose un mariage graveleux entre érotisme et horreur, un genre qui s'inscrit dans les fumetti italiens des années 60/70. Cette histoire est d’autant plus décalée que le format proposé, lui, est simple. Avec deux cases par pages, voir une seule à certains moments, Magnus à la place pour faire éclater son génie de la composition en noir et blanc. Les lignes sont propres, précises et percutantes. L’encrage coule de source, tranche et appuie une notion de réalisme déjà très bien aboutie. Ces personnages de toute beauté vont souffrir le martyr, cassés sous la poigne de Nécron comme des jouets
dans les mains d’un enfant capricieux. Certaines morts de personnages sont tellement hallucinantes, qu’on en rit de bon cœur.
Nécron c’est gore, mais c’est avant tout une belle fable d’humour noir ravageur ! Si vous ne connaissez pas cette série, profitez en dès maintenant ! Sept volumes à dévorer. Des chapitres à foison, où toujours la question se pose : Nécron le bien bâti, bâton brandi, saura-t-il assouvir les plaisirs de sa maitresse pour la énième fois? Et Frida la pulpeuse parviendra-t-elle à réussir ses plans machiavéliques ? Jouez les curieux, cela vous fera rire et vous donnera envie de faire des choses pas très catholique à votre petit(e) ami(e)!
(Conquérir le monde par exemple.)
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R.I.P. Best of 1985/2004
Pour ceux qui ne connaissent pas encore le travail de Thomas Ott, l'ouvrage R.I.P. est l'idéal pour découvrir son univers si particulier. Éditée à l'Association cette bande dessinnée est un recueil d'histoires courtes, qui tire sa force narrative des images muettes somptueusement mises en page. Un grand cru délectable.
Thomas Ott est l'incontournable maître de la technique de dessin de la carte à gratter, dont le résultat est proche d'une gravure. Á la manière d'un sculpteur, il creuse, souligne et, dans le noir ,extrait des lignes blanches qui forment un visage, un corps, un décor... un geste répété à l'infini d'où l'image tire sa grâce!
D'une virtuosité obsessionnelle, cet auteur utilise un style bien à lui pour nous raconter de sombres et envoûtantes histoires. Une série de mises en situation tordues, aux chutes maccabres, qui n'est pas sans rappeller l'ambiance de Tales from the Crypt. Saluons l'ingéniosité dont il fait preuve, car sans un mot, il réussit à nous captiver par l'image et à nous faire frissonner grâce au découpage simple mais efficace. Une alchimie parfaite qui nous tient en haleine. Plongez dans la pénombre d'une morgue, où l'horreur et la folie se figent dans le blanc de fines hachures, soigneusement révélées par une lame affûtée... ou plutôt disséquées par un scalpel aiguisé! Un travail gargantuesque réalisé par un «psychopathe» ou une sorte de « thanatopracteur de la BD », aux idées inépuisables et au concept d'oùparviennent les mots « sex, drugs and rock'n'roll ». |

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JOUR J – Les Russes sur la Lune (tome 1)
Delcourt nous propose une série de taille qui porte le nom de Jour J. Un ensemble d’auteurs vont collaborer pour nous proposer une relecture de l’Histoire, suivant des évènements clefs. Place donc à l’uchronie mais surtout à la science fiction. Pour le premier tome les auteurs Jean Pierre Pécau, Fred Duval, Fred Blanchard, Philippe Buchet et Walter, nous envoie dans l’espace…
La mission Apollo prête à atteindre son but est malencontreusement heurtée par une ridicule météorite (un caillou pour la galaxie), mettant un terme aux espoirs américains ! Á la place c’est la cosmonaute russe Valentina Terechkova qui foule pour la première foi le sol lunaire le 18 septembre 1969. Les Soviétiques deviennent ainsi les pionniers sur la Lune, qui plus est grâce à une femme. À Washington, le président Nixon donne carte blanche à la NASA pour que l'Amérique devienne la première nation à établir une base lunaire permanente, à défaut d’avoir échoué au court du premier round. Cependant la présence des russes va changer la donne. Dix ans plus tard, alors que la tension monte sur Terre entre les USA et l'URSS, la Lune se prépare à devenir le théâtre inédit d'un nouvel épisode de la guerre froide. Cependant là-bas une autre histoire se joue, car isolés tout là haut, les colons se serrent les coudes !
Le projet dans son ensemble est ambitieux et servi par une équipe de choc. Pourtant la réécriture de l’Histoire connue, bien que cohérente et familière, ne semble pas combler notre curiosité stimulée par la communication alléchante de ces quelques mois. Espérons que les promesses énoncées par « des modèles de couvertures ancrées dans la mémoire collective », au-delà de nous attirer nous surprennent réellement. |
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The Zumbies
Préparez-vous à une bonne fricassée de cerveaux, cœurs et boyaux ensanglantés, gracieusement servi par un duo qui, à priori, tiennent à garder l’anonymat. Cependant, on reconnaît sans trop de mal, le dessin de Julien CdM et l’humour de Lindingre qui signent là le tome un d’une nouvelle série, aux éditions Fluide Glacial.
Sur la couverture, un énorme Z verdâtre dégouline sur une sorte de faux cuir noir, évoquant une mue de serpent, et semble caché, ironiquement, un sens lourd de réflexion ! Ainsi tel un ectoplasme fétide revenant à la vie, Z comme Zombie, comme Zinzins comme Zouzouland, nous invite à pénétrer dans le monde des : The Zumbies ; un groupe anciennement pop, loosers et adolescents, devenu après le trépas de « leurs membres », le groupe hard punk métal grind rock’n roll attitude par excellence…Les auteurs ont l’honneur de vous présenter dans un Paris ravagé en 2023, Dee Dee, Déborah, Johnny et Hank l’incarnation parfaite des suppôts de Satan. Dans ce qui fut autrefois le Sacré Cœur, ils jouent dans les ruines du « Holy Rocker Empire » et ne vont pas tarder à recevoir le courroux de l’Église Chrétienne, de simples fanatiques illuminés bien décidés à réduire en cendres ces profanateurs. Ainsi soit-il ! Voici donc un récit où l’hémoglobine gicle à flot laissant de sombres traînées rouges arborer les vestiges d’une ville, jadis respirant la vie. Sous forme de courts chapitres, nous suivons leurs mésaventures grand-guignolesques dans une ambiance cadavérique à l'humour piquant et navrant.
The Zumbies est une poussée d’adrénaline qui vous porte au fil des pages dans une course poursuite semée de cadavres et de gags croustillants. Á siroter fraîchement comme un Bloody Mary!
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Panique en Atlantique
Fabrice Parme et Lewis Trondheim, auteurs du Roi Catastrophe, nous proposent une aventure de Spirou et Fantasio, qui nous plonge, avec légèreté et bouffonneries, dans les fonds de l'Atlantique et les méandres de la panique.
Le Moustic Hôtel étant racheté par le Consortium Luxe & Loisir, Spirou notre héros populaire se retrouve envoyé sur un paquebot de croisière, naviguant en direction des Caraïbes. Il y retrouve Fantasio, embarqué en douce pour réaliser un reportage exclusif sur Marinella Cabotine, star du show business. Aussi, il tombe nez à nez avec Le Comte de Champignac, monté à bord pour réaliser une enquête autour de la disparition suspecte d'un autre Transatlantique. Entre un journaliste photographe obsédé par le scoop ultime et un scientifique allumé aux idées « champignonesques », notre groom ne sait où donner de la tête ; surtout quand celle-ci abrite, sous son calot, un clandestin poilu en proie aux griffes d'une vielle bourgeoise grincheuse, accompagnée de son fidèle toutou hargneux. Le voyage s'annonce mouvementé et imprévisible surtout après la chute inattendue du navire... Spirou va devoir gérer une clientèle de milliardaires emprunt au mal de mer, aux frayeurs collectives et aux comportements diverses, qui vont mettre sans dessus dessous l'ensemble de l'équipage. Une histoire humoristique qui se laisse boire facilement, servi par un dessin rond, inondé de chaudes couleurs.
Embarquez pour un récit burlesque aux allures sixties, où « la croisière s'amuse » et les évènements s'enchaînent à vive allure comme dans the Benny Hill Show. Un cinquième opus qui se démarque des précédents par son rythme effréné où les gags coulent à flot.
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Lydie
Éditée chez Dargaud dans la collection Long Courrier, cette histoire touchante se lit comme une fable. Zidrou en est le scénariste ; quant au dessin et couleurs, ils sont signés Jordi Lafèbre. Leur bébé, intitulée Lydie, nous conduit au cœur de "l'impasse du bébé à moustache" et nous invite à découvrir un épisode magique et inoubliable pour ses riverains. Bienvenue chez les « moustachus », habitants d’une voie sans issue, dont seuls les auteurs connaissent le chemin.
On dit que la foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit ! Néanmoins dans la famille Tirion deux malheurs se succèdent. Après avoir perdu sa femme, Augustin conducteur de train, surnommé Papa « Tchou tchou », se retrouve seul à élever son enfant Camille, une simple d’esprit. Les années passent. Devenue adulte, la jeune femme perd son enfant en couche. La famille est à nouveau plongée dans une détresse qui ne peut laisser indifférent. Pourtant un miracle se produit : Camille est persuadée que les anges lui ont rendu sont nourrisson et se métamorphose en femme rayonnante, malgré l’absence paternelle. L’entourage, tout d’abord paniqué par sa psychose, se prête peu à peu au jeu. C'est ainsi que Lydie, l’enfant invisible, prend une dimension réaliste marquant là un point de non retour. Un événement inconcevable et pourtant véridique car « mieux vaut un joli mensonge qu'une vilaine vérité », pensent-ils. Quelle retombée cela aura-t-il et quelle morale en tirer ?
Le récit nous est raconté par une voix off pour le moins divin, personnifiée par une petite vierge nichée dans le creux d’un mur, au numéro 3bis de l’impasse. Tel le St Esprit, du haut de son abri la statuette nous murmure avec douceur, cette histoire invraisemblable débordant de compassion. Les auteurs nous dépeignent une chronique sociale émouvante où chaque protagoniste en devient attachant grâce à leur trogne saisissante. Avec nostalgie et légèreté, réalisme et poésie, ils retranscrivent l’ambiance d’un village français des années trente où, à l’époque « il faisait bon vivre ». Une vision idéalisée à l'image du dessin, qui permet de traiter avec tendresse la gravité d’un événement.
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Jazz Maynard (tome 4) : sans espoir
Après une trilogie mordante, placée sous le signe des gangs et de la corruption, Raule et Roger nous proposent un nouvel album de Jazz Maynard qui, on l’espère, sonne l’amorce d’un nouveau cycle. Cet épisode nous replonge dans le quartier d’El Ravel à Barcelone, où l’ambiance et les personnages mis en place vont permettre aux auteurs de dresser de nouveaux portraits.
Après l’emprisonnement du caïd, Judas Melchiot, le coin semble avoir retrouvé son calme. Pourtant ce qui fut « un ancien brasier » ne demande qu’à être ravivé. Et c’est un certain Caligula qui prétend reprendre le flambeau, bien décidé à contrôler d’une main de fer ce territoire populaire. C’est là que rentre en jeux Jazz notre héros et son compère Téo. « Le passé finit toujours par nous rattraper » dit on ? Et bien l’ironie du sort voudra qu’ils soient mêlés à cette histoire aux accents mafieux, l’un malgré lui, l’autre piégé comme un débutant. Ils vont se retrouver au beau milieu d’une guerre à distance où Judas, bien que enfermé, reste toujours le maître du quartier… Le scénario bien ficelé, servit par un découpage « cinématographique », vous emporte immédiatement dans une histoire de gang, où les scènes d’actions mêlées de flash back s’inscrivent dans la pure tradition des films à la De Palma, Scorcese ou Tarantino. Quant aux personnages ils restent d’une réalité et d’une vigueur étonnante, malgré quelques muscles saillants parfois exagérés. Ils transpirent de vie grâce à la plume de Roger, dont la ligne témoigne d’une incroyable dextérité et d’une parfaite maîtrise du mouvement, nous plongeant au cœur de l’action avec fougue et acharnement. Ajouté à cela une mise en couleur chaude et sombre, juste et sans fioritures, vous obtenez un ouvrage de grande qualité.
Ces auteurs nous prouvent, une fois de plus, leurs talents ainsi que la richesse de la production espagnole. Leur série dans sa globalité est une découverte aussi prometteuse que celle de Robledo et Tolenado, les auteurs de Ken Games. En bref, avec cette suite, Jazz notre musicien hors paire, séducteur, roi de la cambriole et de la cabriole, nous revient pour un coup de poing mémorable digne du succès de Blacksad, de Guarnido et Canalès. Á vous en donner le vertige ! |
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Le bleu est une couleur chaude
Publiée aux éditions Glénat, cette bande dessinée nous dépeint une relation intime entre deux femmes, teintée de joies et de drames. Un instant de vie traité avec douceur et révolte pour un premier album poignant et engagé, signé Julie Maroh.
L’histoire est celle d’un amour naissant et d’un combat légitime. Celui de Clémentine et d’Emma. Un seul regard aura suffit aux deux jeunes femmes pour déclencher une avalanche d‘événements sujets de controverses. Telle une romance à travers les lignes écrites d’un journal intime, l’une d’elle nous livre ses tourments et passions qui l’habitent. Envie naissante puis rêves troublants. Interrogations. Peur et culpabilité font place à fougue et passion. Simultanément. Épisodiquement. On y voit la difficile acceptation d’un amour « hors norme », où comment une adolescente, fait face au jugement des autres notamment ses parents. Un équilibre qu’elle tente de trouver au delà de l’adversité et du mensonge. On y partage aussi des moments précieux qui nous renvoient toujours à la dure réalité, celle trop conformiste, intolérante et hypocrite et pourtant… Un portrait émouvant jusqu’au bout, où le silence, les gestes et les regards portent le récit et révèlent en profondeur les sentiments.
« Le bleu est une couleur chaude » nous dit le titre et elle s’immisce dans les cheveux d’Emma et dans le creux de ses yeux, dans le gris des pages et au milieu des cases. Avec douceur et maladresse, comme pour mieux nous raconter les premiers émois, le dessin de l’auteur est tout simplement vivant à la mesure de cette symphonie à l’amour.
Julie Maroh s’empare avec grâce et sincérité, d’un sujet rose et noir. Une romance déchirante où l’homosexualité est traitée dans toute sa complexité. Et l’on retient ces quelques mots frissonnants : « L’amour s’enflamme, trépasse, se brise, nous brise, se ranime…: nous ranime. L’amour n’est peut-être pas éternel mais nous, il nous rend éternels. »
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Lord of burger - Le clos des épices
Voici le premier opus de Lord of Burger, intitulé Le clos des épices et réalisé par un collectif en parfait accord avec, Arleston (Lanfeust) et Audrey Alwett au scénario, Barbucci (Sky Doll), Balak et Rachelle Zimra au dessin puis, Andry et Florence Torta aux couleurs. En bref, une belle brochette d’auteurs distingués à la hauteur du bon goût de cette bande dessinée.
« Suite au meurtre de leur père, Alessandro Crapréze, Ambre et Arthur héritent d'une dette de plusieurs millions d'euros. Dès lors, pas d'autre choix que de reprendre en main le restaurant familial. Mais le truc d'Ambre c'est la sculpture et celui d'Arthur, le fast-food. Tant pis, il faudra se retrousser les manches, car la fortune dépend du fameux guide rouge et de ses critiques. Et l'inspecteur doit justement arriver d'un moment à l'autre… ».
Lord of burger s'inspire des mangas par la forme et le fond. C'est une saga familiale à l’humour teenager, agrémentée de caricatures hilarantes et d’onomatopées bruyantes. Elle renvoie directement à la série shônen Yakitate !! Japan, de Hashiguchi Takashi distribuée en France chez Delcourt, ainsi qu'à la série japanime Mister Ajikko, connue en France sous le nom du Petit Chef. Sous ses allures burlesques, cette bd nous plonge dans l'univers culinaire et nous propose de vraies recettes à réaliser chez soit. Le tout rehaussé de couleurs pimpantes, est un gourmet salé sucré qui donne l’eau à la bouche.
Venez donc déguster cette petite spécialité sortie chez Glénat, dans un format poche, souple, à la couverture alléchante. Un délice en images, un régal pour les lecteurs.
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Africa Dreams - L'ombre du roi
Maryse et Jean François Charles, ici accompagnés du dessinateur Frédéric Bihel, nous proposent une nouvelle saga en quatre volumes dont le titre échauffe déjà notre curiosité. Après India Dreams, qui nous entraine dans l'Inde coloniale, et War and Dreams, qui nous plonge dans l'Europe en proie au deuxième conflit mondial, Africa Dreams nous emmène sur les sentiers battus du Congo, emprise à l'évangélisation et la main de fer belge à la fin du XIXème siècle.
Á cette époque, Léopold II, roi sujet aux controverses, jette son dévolu sur ce territoire vierge et prometteur, où va se jouer l'exploitation à outrance : les prémices du capitalisme. Au même moment dans la province du Kivu, la région des Grands Lacs, un jeune séminariste, Paul Delisle, rejoint l’une des missions des « pères blancs » afin de faire de ses soit-disant sauvages, une nation civilisée. L'arrivée de ce jeune missionnaire cache finalement un autre motif : « tenter de retrouver son père Augustin, un ancien chirurgien devenu planteur, colon prospère mais farouche misanthrope, volontairement reclus dans un isolement presque total ».
Cette aventure est un hommage historique à une nation et à leurs pères. Au delà de l’événement politico-économique, il est question d’une rencontre improbable entre deux hommes que tout oppose malgré leur lien de sang. Une belle mise en abîme, où l’on assiste à « l’étranger qui tente d’apprivoiser le sauvage » en même temps qu’un fils tente de reprendre contact avec son père.
Le couple Charles continue avec ténacité à creuser leur sillon du combat humain : « la vie des hommes pris dans la tourmente de l'Histoire ». Après avoir consulté les documents du Musée royal de l’Afrique centrale, leur premier épisode, intitulé L'ombre du roi, s’ouvre sur ce lieu. Le ton est donné et le tout est porté par de somptueuses aquarelles, signées Bihel, qui nous dépeint l’horizon de contrées éloignées au destin pourtant lié.
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Casino (volume 1)
Découvrez Casino, la série culte, italienne et réalisée par Léone Frollo dans les années 70, "l'âge d'or des petits formats". Traduite des éditions italiennes Edifumetto collection Squallo, ce volume est la toute première parution française sortie chez Delcourt dans la collection Erotix. Profitez de cette œuvre dans son intégralité, non remontée et non censurée.
S’inspirant du « One Two Two » un authentique bordel parisien de la fin du XIXème siècle, cette série coquine, relate les aventures d’une maison de passe « la Maison Blanche », tenue par Mme Georgette (Mme Con dans la version originale), tenancière bien dodue. Celle-ci ne recule devant rien pour combler les plaisirs, même les plus perverses, de ses très chers clients… oh combien fidèles ! Sa devise, qu’ils quittent l’établissement, satisfaits quoiqu’il advienne. C’est ainsi qu’on assiste à diverses situations coquasses d’où l’humour tire sa grâce. Dans ce premier volume se cache trois épisodes : Dans la maison close, La dernière vierge de Paris et Le train Bleu. Chaque nouvelle nous raconte un moment intime et drôle, d’un homme, quel qu’il soit, à la recherche du plaisir voir de l’extase. Le récit reste dans un domaine fantasmagorique et érotique, tout en revêtant des allures parfois dramatiques, policières ou politiques. Un mélange de flux… en phase avec le sujet. Délectable et appréciable !
« Tout le monde connaît Milo Manara et son Déclic. Le style de l’érotomane italien est reconnaissable entre mille ; tout comme les dessins de son confrère Paolo Serpieri, dessinateur de la plantureuse Druuna, qui évolue dans un univers post apocalyptique. Mais peu de gens connaissent en France le nom de Leone Frollo et pourtant… c’est le lion de Venise ! » Dans la veine des maîtres du X en BD, décrochez ce volume petit par la taille mais, dans le fond, indubitablement « grand i ose ». |
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ANTARES épisode 3: Les Mondes d'Aldébaran
Pour ceux qui ne connaissent pas les trois cycles existants des « Mondes d'Aldébaran » de Léo, chez Lombard, il n’est pas trop tard pour découvrir puis, dans la foulée dévorer, une des séries de science fiction les plus captivantes du moment. Avec Antarès épisode 3, l’auteur poursuit l’incroyable récit d’une épopée fantastique où l’humanité ne cesse de repousser les limites de l’inconnu.
Sur Terre, les hommes sont confrontés à une hostilité naturelle, toujours plus grandissante. Pour survivre, plusieurs missions sont lancées vers les étoiles. C’est ainsi que naquis « Aldébaran », « Beetlegeuse » puis « Antarès », de nouvelles planètes qu’ils cherchent, coûte que coûte, à coloniser. Si la première fut une réussite, la seconde en revanche tourne au désastre, quant à la troisième elle semble compromise. Kim, notre héroïne, et ses compagnons commencent à découvrir dans quelle galère ils se sont embarqués. En effet, toute l’expédition a été noyautée par une secte fondamentaliste qui voit en cette planète lointaine le futur berceau d’une nouvelle société humaine. Les deux camps se trouvant également confrontés à un environnement étranger, l’arrivée sur Antarès va se révéler dangereuse à plus d’un titre… L’histoire semble se répéter, puisqu’il s’agit d’une lutte opposant un pouvoir extrémiste à nos différents héros. L’effet de surprise s'est donc sensiblement atténué mais l’auteur nous tient jusqu’au bout grâce aux personnages en perpétuelle évolution avec des caractères et expériences multiples tel que, Kim l’adolescente rebelle devenue, malgré elle, un phénomène de société et une mère de « famille ».
Ce titre est déjà le treizième de cette folle aventure et se situe tout à fait dans la lignée des précédents. Léo ne se lasse pas de réinventer des mondes aux créatures extraordinaires et continue de nous faire rêver avec ces contrées lointaines qui regorgent de richesses. |
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NICO
Avec Philipe Berthet au dessin (Poison Ivy, Pin Up) et Fred Duval au scénario (Hauteville House, Code Mc Callum), Nico, leur toute nouvelle série éditée chez Dargaud, risque de démarrer à plein turbo ! Place au premier numéro, intitulé Atomium Express.
1947. Quelques milliers de Kms les séparent et pourtant au même moment, deux soucoupes volantes s'écrasent au beau milieu des USA et de l’URSS. L’événement prend tout d’abord à témoin quelques humbles citoyens puis l’information devient volontairement publique. En dévoilant le secret, une lutte sans merci pour la suprématie technologique démarre… Vingt ans plus tard, Nico, agent de la CIA, part en mission à Paris. Son père adoptif, le capitaine Moog, l'aide à fuir alors qu’elle est accusée à tort de meurtre, pendant qu’un drame se noue sous les mers... Dans ce monde là, les années 60 sont à la pointe des sciences et techniques. Il faut dire que les superpuissances ont amplement profité des études sur les OVNIS. Résultat les gens vivent dans une société que l’on pourrait qualifier de futuriste où semblerait-il un complot de taille est en train de naître.
Le récit d’espionnage est assez classique mais le contexte dans lequel il se déroule stimule la lecture et notre intérêt quant à la tournure des choses. Avec de superbes planches colorisées par Hubert, l’aventure géopolitique, dans laquelle déambule notre pulpeuse héroïne Nico, nous emmène sur les chemins d’un futur à l’ambiance rétro et d’un passé obscur au sujet d’une mère disparue. |
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Lutte majeure
Signé de Céka, Borris et Brice Follet, l'ouvrage édité chez Casterman dans la collection KSTR, est un hommage rendu à un peuple, un épisode de l'histoire soviétique presque méconnu du grand public. Ce récit de guerre est bien plus encore celui de gens où se joue une lutte majeure, celle de l'espoir.
Durant la seconde guerre mondiale, les nazis attaquent Léningrad. Ce qui devait être une opération rapide se transforme en fiasco général, un siège sanglant qui fera presque deux million de morts en l'espace de 900 jours. Face à cette ignominie, tandis que le peuple se meurt de faim et de froid, Staline envoie un ordre de mission pour le moins étonnant : reformer l'orchestre symphonique de la ville puis, interpréter publiquement la 7e symphonie de Chostakovitch le 9 Aôut 1942, jour fixé par Hitler pour envahir la ville et mettre un terme à la rébellion. En usant d'une propagande patriotique, le peuple, au départ sceptique y voit là un moyen symbolique de résister et de remonter le moral des « troupes ». Ainsi d'une simple partition, on assiste à un mouvement d'espoir auquel les gens résistants se raccrochent.
Difficile de ne pas comparer l'ouvrage à Maus de Spiegleman ou La bête est morte de Calvo. Néanmoins le fait d'utiliser l'anthropomorphisme n'enferme pas l'histoire dans ce qui aurait pu être un plagiat ; bien au contraire il s'ajoute à l'édifice remarquable que représentent ces incontournables visions de l'atroce.
Entre documentaire et bout de vie, Céka nous raconte l'indescriptible, Borris nous le met en image avec clarté tandis que Follet avec ces couleurs cramoisies nous plonge dans l'obscurité d'une ville qui sombre dans l'horreur. Et l'on assiste à un tout cohérent, où d'une musique jouée en ut majeur découle une lutte majeure! |
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Freaks' Squeele
Pareil aux comics américains Freaks' Squeele, de Florent Maudoux, nous raconte les péripéties de personnages hors du commun dans une société telle que la notre. Avec passion l’auteur se penche sur de jeunes prodiges en apprentissage à la F.E.A.H (Faculté d'Etudes Académique des Héros).
Nous retrouvons dans ce troisième volet nos figures héroïques favorites avec Chance, la délirante et pétillante démonette, Xiong Mao, la «super normale» usant d’armes, de stratégie et de «Flamendo» comme pouvoirs, et Ombre, le lycanthrope téméraire au grand cœur. Après leur démarrage fastidieux à l’école, nos trois compères usent d’imagination loufoque pour répondre au sujet imposé «devenir l’ennemi pour le combattre ». Ici, nous les rejoignons pour un combat sans merci entre le bien et le mal, où les membres de l’école concurrente, St Ange, tentent de les faire passer pour les vilains… Cette série, où semblerait-il rien n’est pris au sérieux, n’est pas réservée qu’aux «teenagers». Bien au contraire les clins d’œil à la culture mangas et cinématographiques sont nombreux et rallieront des lecteurs de l’époqueRanma ½ à Naruto, ainsi que les fans des Monty Pythons à Prédateur, sans oublier les inconditionnels de jeux vidéos, incontournables, tels que Street Fighter. Une bonne cuisine à la guimauve et au Tabasco, agrémentée de clichés revisités, que l’auteur maîtrise parfaitement; le tout servi d’un dessin pêchu et fluide, où les expressions et les situations sont toutes plus hilarantes que les autres. En bref une bonne dose d’humour, d’aventures et de fantastique pour un moment de détente garantie.
Au même titre que la série Mutafukaz de Run, Freaks' Squeele de Florent Maudoux, édité chez Ankama dans la collection 619, captent l’attention de toute une génération qui ne se lassera pas de si tôt des blagues graveleuses, des joysticks vielles écoles et des films où l’action bat à plein régime!
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Block 109
Pour leur premier ouvrage édité chez Akiléos, Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat, deux nouveaux jeunes auteurs, nous livre une uchronie frissonnante et stupéfiante qui risque de marquer nos mémoires. Découvrez les évènements qui vont changer la face du monde et celle des hommes… revêtant le masque de la mort.
1953, une fois l’Occident anéanti par le nucléaire, la guerre mondiale débouche sur un conflit désastreux entre l’Allemagne nazie et l'armée rouge, plongeant ainsi le reste du monde dans un chaos sans nom. Le IIIème Reich agonise sous les coups de la Russie. Pour contrer l'attaque ennemie, Zytek, « digne » successeur du Führer des années 45, décide d'employer l'arme biologique malgré le refus du Haut Conseil. Au lieu de créer des supers soldats, très vite celle-ci transforme les contaminés en monstres sanguinaires. Cette solution radicale de défense se retourne bientôt contre les soldats des deux camps, dans les ruines de Marienburg. Parmis les survivants une poignée d'hommes tente de survivre. Sur ses terres dévastées par les armes chimiques et l'attaque virale, le puissant Zytek élabore un plan machiavélique laissant peu de place à l'espoir... Mais quel est son objectif?
Toute la force de l’ouvrage réside dans cette question tenace qui attise notre curiosité coûte que coûte. Car malgré quelques maladresses dans le découpage, le scénario, réparti en chapitres, reste haletant et tumultueux, servi par un dessin sépia, brumeux, mitraillé de traits vacillants et obscurs, à l’image du récit.
Les auteurs, en réinventant cette partie de l'histoire, nous plonge dans un univers d'horreur, où le fictif rejoint la réalité. Un portrait de l'humanité à vous glacer le sang.
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Hélas
Écrit par Hervé Bourhis et dessiné par Rudy Spiessert, avec Mathilda aux couleurs, Hélas est un splendide one shot intriguant et émouvant, édité chez Dupuis dans la collection Air Libre.
Et si la race humaine était en voix d’extinction ? Et si aux hommes succédait le règne animal ? Et si notre race n’était que légende ? Heureusement tout ceci n’est que chimère… « Hélas », dans cette histoire, cette hypothèse est bien réelle. Ainsi Feuille, une jeune humaine capturée par des braconniers, suscite un intérêt tout particulier pour l’élite politique et scientifique de ce monde où l’action se déroule dans un Paris de la belle époque. Car en plus de parler, cette enfant intrigue et devient le sujet d’une course poursuite et d’une convoitise démente. Aidée par Fulgence, un journaliste, et Léopoldine, une jeune étudiante en sciences, la petite humaine fuit et survie dans un monde où les acteurs félins, porcins ou canins manifestent des préoccupations très humaines.
Sur fond d’intrigue policière, cette aventure à mi chemin entre le réel et le fantastique, semble dénoncer notre animalité refoulée…Ici les rôles sont inversés pour mieux pointer le doigt sur la fragilité des espèces dans un monde où se jouent un drame actuel. Une métaphore, tout en cruauté et retenue.
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PASCAL BRUTAL
Fauve d’Or « Prix du meilleur album » / Festival International de la bande dessinée / Angoulême 2010.
Quelle agréable surprise que cette remise de prix ! Une récompense inattendue à la hauteur du succès de notre icône désormais incontournable et populaire. Pascal Brutal, chez Fluide Glacial, confirme tous les espoirs placés en Riad Sattouf, déjà remarqué pour Retour au collège, aux éditions Hachette littérature et La vie secrète des jeunes, à l’Association, adaptée au cinéma avec Les sales gosses.
Souvenez-vous, qu‘avec les histoires du pauvre Jérémie en trois tomes chez Dargaud collection Poisson Pilote, l’auteur nous laissait déjà entrevoir un goût certain pour dresser des portraits de pauvres mecs à la morale et aux comportements douteux. Ici l’auteur excelle en la matière, en nous racontant l’histoire du antihéros absolu. Dans une société ultra libérale dirigée par Alain Madelin, un homme, lunettes noires, gourmette « en or qui brille » au poignet, baskets Torsion 1992 aux pieds, roule des mécaniques sur sa bécane enflammée en distribuant à tour de mains baffes et coups de poing pour survivre, faire justice ou purement par réflexes compulsifs. D’un primitif exacerbé, viril et rustre à la fois, cette brute épaisse totalement imperméable à son environnement est à éviter voir à fuir, ou à prendre dans son entier. Car cet homme là pour qui la vie est un loisir, est grand, fort mais lourd et désopilant.
« Porté par une voix off ironique, maltraitant les clichés ou créant des métaphores chocs à deux balles », il vadrouille libre comme l’air. Ainsi, au gré de ses rencontres, on découvre une flopé de gens des plus divers, sujet aux situations et comportements croustillants dont on se délecte avec humour. Une suite de caricature étrangement familière. Il y en a pour tous les goûts dans ces chroniques absurdes, aux planches colorées et au futur pimenté.
En ce début d’année 2010, la série de Sattouf suscite un engouement à la taille de son héros qui mérite assurément d’être salué et reconnu. Alors pour ceux qui ne connaissent pas encore Pascal Brutal, tête baissée foncez et lisez. Juste pour le plaisir, la détente et le rire !
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Alpha… directions
« Prix de l’audace » / Festival International de la bande dessinée / Angoulême 2010.
Quelle folle ambition que le projet de Jens Harder, l’auteur de Leviathan. Avec Alpha… directions, aux éditions Actes Sud - L’AN 2, ce dessinateur allemand nous éclaire sur nos origines, en remontant aussi loin que la naissance même de l’univers. Un ouvrage ambitieux d’une envergure sans égal.
Tout commence il y des milliards d’années… Un simple point sur une feuille blanche. Une particule infime au cœur du néant. Le point grossit tel un bourgeon qui éclot et donne naissance à la matière qui explose. Voici le Big Bang dans toute sa splendeur ! Une fois l’univers ébauché, « la multiplication des mondes se poursuit à l’infini en un formidable effet domino ».
C’est ainsi que naquirent ces 350 pages où défile un flot d’images pointues, entre descriptif et imaginaire. Fortement inspiré du dessin naturaliste, le livre se compose de planches en bichromie, changeante au gré des chapitres, des époques. À la manière d’une voix off dans un reportage animalier, un commentaire discret sert de fil conducteur ; il fait écho au silence presque sacré dont la bd est sujette et nous aide à maintenir le cap dans ce tourbillon vertigineux que compose l’ensemble des vignettes cognitives. « Car l’auteur en plus d’illustrer les théories scientifiques sur la création de l’univers ou l’histoire de la vie sur Terre, apporte une myriade de clins d’œil en ajoutant d’autres images issues de la culture humaine : représentations cosmogoniques des mythologies, œuvres d’artistes divers. C’est la véritable clé de voûte du livre. Au croisement du scientifique, de l’artistique et de l’insolite, Alpha… directions prend le meilleur des trois mondes : l’ouvrage tient à la fois du récit didactique, du beau livre et du cabinet de curiosités ». Merveilleux et instructif, à vous couper le souffle.
Avec une grâce incomparable, l’auteur fait preuve de virtuosité tant par la démesure du projet, que par la qualité de l’exécution. Prévu en trois volumes distincts avec Alpha… directions, (nos origines), Béta… civilisations, (notre règne), et Gamma… visions, (notre devenir), Harder définit son projet comme « une sorte de Bible en images comme on les éditait jadis pour les analphabètes, mais qui s’adresse à des gens qui savent lire, sans aucune contrainte confessionnelle, sur une base scientifique ». Le travail s’annonce rude mais passionnant. Un défi gargantuesque dont l’audace risque de marquer l’histoire de la bande dessinée.
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Hector Umbra
Sélection Officielle / Festival International de la bande dessinée / Angoulême 2010
2003 sonne l'arrivée fracassante du premier chapitre d'Hector Umbra par Uli Oesterle, aux éditions Akiléos. Voilà qu'après six années de silence total, notre héros nous raconte dans un récit complet, son incroyable odyssée.
Souvenez vous. Hector Umbra part à la recherche de son ami Osaka mystérieusement disparu. Issu du milieu de la nuit et des technos party, notre héros prospecte au cœur de l'underground Munichois au cours duquel se multiplient les rencontres et avec elles l’invraisemblable. Les flashbacks auxquels il doit faire face éclairent son enfance par fragments, tandis que des visions hallucinantes le confrontent aux images de cauchemar qu’il couche sur ses toiles. Peu à peu ces sortes de « rêves éveillés » lui révèlent une vaste conspiration menée par une organisation souterraine obscure : dans les bas-fonds de la ville existerait un peuple de Morlocks, des cannibales psychiques cherchant à exercer leur emprise sur le monde d’en haut… C’est ainsi qu’Hector franchit les limites du visible, en plongeant dans les abysses que représentent la folie et la mort.
Ce peintre accro à la clope traînait, il y’a quelque temps à peine, avec ses compagnons de beuveries et le voici aujourd’hui, tel un spectre ambulant, à la recherche de la vérité ou d’une chimère ?
Servie par un dessin qui fait preuve d’originalité tout en s’inscrivant dans la veine des comics américains, l’ambiance est délurée, parfois psychédélique. Avec un scénario en constant mouvement, les personnages se mettent en place dans une réalité confuse, qui pétrifie et fascine. Hypnotique et inquiétant, l’histoire nous happe jusqu’à la dernière page, sur les sentiers du paranormal.
Déjà remarqué et nominé pour « le prix du meilleur premier album » au festival international de la BD à Angoulême en 2004, Hector Umbra revient sur les devants de la scène, cette fois ci achevé et révélé. L’auteur nous fait l'honneur d'aboutir une aventure fantastique des plus originales, saluée par la sélection officielle de cette année 2010. Laissez vous engloutir par ce tourbillon « ovniesque » !
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La saison des flèches
Sélection Officielle / Festival International de la bande dessinée / Angoulême 2010
Samuel Stento et Guillaume Trouillard fondateurs des éditions La Cerise, nous offrent un magnifique ouvrage intitulé La saison des flèches. Déjà primé en Espagne, cette bande dessinée fait partie de la sélection officielle du festival international de la BD à Angoulême. Une histoire débordante d’imagination qui ne manque pas d’audace.
Dans cette histoire les indiens sont en boite ! Nous les savions parqués dans des réserves tels des animaux en cages mais pris au piège dans des conserves, ça qui l’aurait cru ? L’idée étrange vient d’un homme du nom de Irvin Mc Mulligan’s. C’est lui qui en 1879, décide de les mettre en boîte pour éviter un surplus d’indiens au cœur du territoire américain. Il semble qu’avec le temps, cette exploitation les a préservé d’une extinction certaine.
C’est ainsi qu’aujourd’hui, en Charente, un couple de blanc se lance dans l’aventure Mc Mulligan’s et reçoit par colis la fameuse invention. Quand ils l’ouvrent, toute une famille en sort avec le père, la mère et leur grand garçon qu’ils nommeront respectivement Gérald, Marie Paule et Sylvain. Quelle curieuse expérience que cette éclosion. Pareil à des enfants, les retraités tentent de les apprivoiser et installent le groupe dans une chambre qui se transforme très vite en terrain de jeu et de découvertes où tipi, pirogues et bisons apparaissent au gré des besoins. Au fil des pages c’est bientôt l’appartement tout entier qui devient sujet aux fantasmes les plus fous.
Sous forme de journal de bord, le mari nous fait part de son expérience avec une simplicité déconcertante. Ajoutez à cela des schémas explicatifs, des publicités détournées et des mises en abymes multiples, on obtient un ouvrage peu ordinaire où les auteurs arrivent, avec originalité et classe, à rendre crédible un évènement des plus bizarres. Un récit doucement absurde, souligné par une mise en couleur exquise.
Initiée par Samuel Stento, écrite à quatre mains et mise en images par Guillaume Trouillard, cet ouvrage est étonnant car quand l’impossible devient possible, tout est permis. Ce western d’intérieur est aussi une fable actuelle (qui traite du capitalisme, de la différence culturelle et de l’environnement sans jamais devenir moralisatrice). Le dépaysement est assuré !
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L’esprit perdu
« Prix intergénération » / Festival International de la bande dessinée / Angoulême 2010.
Publié une première fois en trois tomes sous le titre Messire Guillaume, redécouvrez l’intégrale aux éditions Dupuis, nommé L’esprit perdu et signé Gwen De Bonneval et Matthieu Bonhomme. Une nouvelle édition, une nouvelle présentation pour un nouveau regard sur la quête initiatique de Messire Guillaume, orphelin inconsolable.
Sous forme d’un épais roman, ce conte médiéval teinté de fantastique et de psychanalyse, relate le voyage aventureux qu'un adolescent entreprend pour accepter de faire le deuil de son père. Accompagné du fidèle chevalier de Brabançon, sa quête se révèle périlleuse, fabuleuse et le mène aux confins de l’étrange. Un périple où le désir de libérer l’âme du défunt, lui permettra d’affronter le passage à l’âge adulte.
Cette histoire semble tournée résolument vers le fantastique mais Gwen de Bonneval parvient à désorienter le lecteur en changeant, subitement, son fusil d’épaule. Ainsi l’aventure extraordinaire, émaillée de rencontres et d’animaux insolites, ne perd jamais le sens des réalités et nous immerge aussi dans une époque moyenâgeuse, fort bien retranscrite grâce à l’habilité de Matthieu Bonhomme. Dans cette nouvelle version, nos yeux glissent sur des croquis jubilatoires. Le dessin est montré à l’état brut et rend les planches vibrantes et rayonnantes malgré l’absence de couleurs.
Voici donc un premier cycle revu et réussi. Entre l’ordinaire chevauché à travers forêts et plaines, la traversée onirique de contrées inconnues et un huis clos familial dans les tours d’un château, cette histoire saura plaire aux amoureux du fantastique et de l’héroïque. On espère de ce volume, le présage indéniable d’une suite admirable.
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Murena
Depuis le début de la série, Murena (éditions Dargaud) nous tient en haleine, avec toujours la même passion. Elle nous plonge dans la Rome antique à son heure de gloire et de dépravation. L'histoire racontée est celle du pouvoir et de la gloire...
Autour du personnage fictif de Lucius Murena, une éternelle tragédie se joue: trahisons et crimes se succèdent, complots se fomentent. Après une première partie tumultueuse, Néron l'empereur, fin successeur de Claudius, vie dans l'illusion de la divinité et lentement semble sombrer dans la folie. Un nouveau cycle placé aussi sous le signe de Poppée, digne remplaçante d’Agrippine par sa beauté, son ambition et sa cruauté.
À travers le quotidien d'une société aux moeurs perverses où le népotisme et le stupre sont monnaies courantes, nous assistons à des soirées orgiaques, des tueries de gladiateurs et des drames familiaux succulents. Les auteurs nous offrent une véritable immersion en plein coeur de la capitale impériale et de ses coutumes.
Une somptueuse série indéniablement réussie. Les intrigues se tissent remarquablement bien autour de personnalités qui se peaufinent et florissent au fil des tomes. Quant au dessin de Delaby et aux couleurs de Jérémy Petiqueux, la justesse dans les détails et les ambiances sont si réalistes que le tout en devient convainquant. L'harmonie entre sujet et forme, ajoutée au glossaire à chaque fin d'ouvrage, enrichie la lecture.
Après 7 volumes réalisés les auteurs signent là une reconstruction historique romancée, appréciée du grand public et saluée par les spécialistes du genre! Une saga passionnante à dévorer. Magistral, riche et intelligent.
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Epoxy
Le Lombard nous fait la joie de rééditer un livre passionnant: Epoxy de Van Hamme et Cuvelier. Entre érotisme discret et sensuel, voyage initiatique et farfelu, cette aventure est un régal pour les sens.
Ecrite à la fin des années soixante, l’histoire d’Epoxy est celle d’une jeune grecque contemporaine qui se retrouve échouée sur l’île des Amazones et qui doit se débrouiller seule au pays des anciens dieux grecs. Elle sera transportée par Hermès, connaitra l’intimité d’Ulysse, rencontrera Héraclès… Elle verra tout ce qui est normalement interdit pour les yeux d’une simple mortelle. Mais la beauté d’Epoxy peut rendre fou le plus sage des dieux!
Le dessin au pinceau, en noir et blanc, précis et puissant de Cuvelier donne vie à l’imaginaire avec un réalisme saisissant et un humour non dissimulé. L’écriture de Van Hamme est fluide quoiqu’un peu marquée par son époque, elle coule comme le Styx, et une fois dessus, impossible de ne pas arriver au bout! Vous l’aurez compris, une fois la bande dessinée ouverte… la curiosité l’emporte!
Cette fin d’année 2009 célèbre admirablement la bande dessinée érotique. Les éditeurs se sont-ils donné le mot? Ils sont nombreux à republier des récits pour «public averti».
Parmi eux, je vous invite donc à découvrir les ouvrages suivants: aux éditions Glénat Marie Gabrielle de St Eutrope de Pichard et Le Déclic de Manara; chez Delcourt, collection Erotix, Emmanuelle de Crépax & Les 110 Pilules de Magnus. Sans plus attendre, rendons hommage à tous ces auteurs talentueux. Ils traitent avec charisme d’un sujet qui aujourd’hui, semble-t-il, se démocratise.
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Le ciel au dessus du Louvre
Co-édité par Futuropolis et le Musée du Louvre Éditions, Le ciel au dessus du Louvre, signé par Bernar Yslaire et Jean Claude Carrière nous raconte un chapitre de l'histoire française où l'art et la politique sont intimement liés.
Plus précisément, cette bande dessinée a pour sujet la réalisation d’une peinture commandée par Robespierre, que David doit réaliser. Le sujet de la toile est «l’Etre Suprême», symbole de la nouvelle république instaurée suite à la Révolution Française. Á travers la réalisation impossible de ce portrait exemplaire, le récit retrace historiquement, les ambitions de l’Incorruptible et les choix qui l’ont poussé à instaurer la Terreur. En parallèle nous assistons aux obsessions artistiques de David, «peintre des Temps Modernes».
L’écriture est forte, percutante et efficace. C’est un constat historique, sans prise de parti, une cruelle réalité des faits d’une période extrêmement importante dans l’histoire de la France, mais trop souvent oubliée. Le dessin d’Yslaire est de toute beauté, le découpage pend des libertés face à un certain classicisme de la Bande Dessinée et rend tout à fait hommage aux recherches de David pour sa peinture «moderne».
C'est une plongée fascinante dans la Révolution Française sous l'angle inédit de sa représentation au sein même d'un atelier d'artiste. Sans prétentions, nous avons affaire à un ouvrage beau et intelligent. Superbe.
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L’Ancien temps
Sélection Officielle / Festival International de la bande dessinée / Angoulême 2010
«Bienvenue au pays où l’eau voyage à l’envers et les larmes coulent vers le ciel ». En rejoignant, aux éditions Gallimard, L’Ancien temps où une certaine femme se change en renard, vous naviguerez au gré des pages colorées et foisonnantes d’imagination, et glisserez sur les dessins jetés d’un auteur qui fait preuve d’habilité et de ruse.
Sans plus attendre immergez vous dans l’univers fantastique médiéval de ce récit chargé de rebondissements, dont la source est proche de la série Donjons chez Delcourt. Voici l’histoire du jeune Cassian qui, aveuglé par l’amour, fonce tête baissée vers l’inconnu.
Ce jeune naïf est éperdument amoureux de la belle Nadège, apprenti sourcier talentueuse et confirmée qui se moque peu du dévouement dont fait preuve ce fiancé. Animée d’une flamme ardente, la rouquine veut découvrir le monde et ses hommes et rêve d’une existence moins ennuyeuse que celle que peut lui offrir son prétendant. Afin qu’elle puisse en toute liberté jouir d’un destin plus fougueux, elle demande alors à son maître, un loup sage et fourbe de mentir à Cassian. Manipulé par l’ancien, il se met en tête de la retrouver. Armé d’un serpent, le voici lancé dans une quête faussée. Sur leur chemin, les deux jeunes fougueux croiseront le fer d’un roi qui vénère un Dieu unique, le courroux d’un ogre et d’une licorne au service d’une reine vengeresse, les paroles venimeuses d’une hermine fourbe, les branches d’un arbre magique et de bien d’autres créatures enchantées.
Aux côtés de grands enfants «bêtes et méchants», armez-vous de ce livre pour leurs raconter les péripéties héroïques et fantastiques de notre héros quelque peu raté mais sincère. Une fable burlesque aux textes parfois trop familiers mais qui enchantera les fidèles adorateurs de notre auteur français aujourd’hui incontournable, qui dénonce au passage la soumission à un dieu culpabilisant…
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Blast
Sélection Officielle / Festival International de la bande dessinée / Angoulême 2010
Réalisé par Manu Larcenet, Blast nous dépeint le portrait sombre d’un homme à la dérive, sur lequel le poids du monde semble reposer. Découvrez aux éditons Dargaud ce premier volume dont l’histoire est étonnement lointaine de la jovialité avec laquelle Larcenet à l’habitude de nous enivrer.
Polza Mancini, 38 ans, marié, écrivain gastronomique, devenu brusquement clochard, se retrouve au commissariat pour un crime commis à l’encontre d’une certaine Carole Oudinot. L’homme en garde à vue face à deux inspecteurs nous raconte son parcours pour le moins chaotique. Nous plongeons ainsi dans une vie lourde en émotions où la graisse tient une place incommensurable. On apprend aussi qu’à la disparition brutale de son père, il fut ébranlé et presque révélé à lui même, par un choc psychique qu’il nomme «blast». Traumatisé, l’événement le pousse à fuir la civilisation vers une destination pour le moins étonnante, l’île de Pâques. Au fur et à mesure, il nous fait part de réflexions diverses qui nous interpellent et en même temps nous noient dans un flot de mots qui perd peu à peu sens. Mais où veut-il en venir?
La tournure du propos se dilue étrangement au dessin grouillant de matières vivantes, évoquant un mal être dérangeant. Les planches en noir et blanc sont recouvertes de crayonnés incisifs, de ratures et d’aplats faits d’un mélange de fusain et de peinture. De ce jeu d’ombre et de lumière ressort une grisaille générale, mélancolique et déprimante. Pourtant on ne peut s’empêcher d’éprouver de l’empathie pour ce gars là, un unique brin d’espoir.
Avec ce récit, Larcenet nous surprend. Il nous met face au mur. Il nous place devant un homme à l’apparence ingrate, voir dégoutante et pourtant! Tel un poème romantique, nos yeux se rivent sur ce gros bonhomme au nez long, étrange et insaisissable. Une bande dessinée obscure et terriblement «illuminée», à la fois cauchemardesque, vibrante et touchante.
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Il était une fois en France
Sélection Officielle / Festival International de la bande dessinée / Angoulême 2010
Intitulé Honneur et police, voici le troisième tome d’Il était une fois en France aux éditions Glénat. Réalisée par Fabien Nury et Sylvain Vallée, cette série en bande dessinée traite d’un sujet qui fait mal: la collaboration.
Loin d’être une fable manichéenne, le scénario de Nury est d’une finesse et d’une subtilité remarquable. Basée sur des fait réels mais romancés, l’histoire nous raconte les péripéties de Joano, Juif roumain qui émigre en France à la fin des années trente et qui fait fortune dans le commerce de l’acier. Sa position de riche entrepreneur va le mettre dans une situation difficile durant l’occupation. Pour survivre il devra s’allier à de terribles malfrats et surtout avec les nazis. Encore dans un esprit de conservation, il deviendra résistant à la fin de la guerre et finira gangster dans les années cinquante.
Ce récit passionnant est dessiné d’une main de maître. Le style réaliste rehaussé de couleurs sobres est efficace et ne peut laisser indifférent. La justesse du trait, la finesse du découpage absorbe totalement le lecteur qui se prend de passion pour Joano à la personnalité complexe.
Criminel pour certains, héros pour d’autre, découvrez le destin hors du commun d’un homme qui nous pousse à une réflexion intérieure sur la valeur du libre arbitre. Qu’aurions nous fait à sa place?
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OVNI- L'affaire Varginha
Rares sont les bandes dessinées traitant sérieusement des ovnis, sujet délicat souvent pris à la légère. C’est pourquoi cet ouvrage édité chez Ankama, mérite toute notre attention. Philipe Auger revient sur le «Roswell brésilien», un des phénomènes les plus marquants de l’ufologie moderne. Découvrez l’événement qui ébranla toute une population, suscitant curiosité, questionnement et peur.
Varginha, petite ville brésilienne, 20 janvier 1996: un objet volant non identifié se crashe en pleine forêt, dans une vallée proche des habitations. Un homme ayant vu l’étrange vaisseau traverser le ciel se met à suivre la fumée jusqu’à destination, étonnamment devenue, en deux en trois mouvements, le point de chute de l’armée aux aguets et de tout son attirail déballé. Bizarre et prévisible?! Si l’armée est présente, c’est que l’évènement est de taille et secret d’État.
Sans plus attendre l’affaire est étouffée. Mais des témoignages se multiplient et font mention de curieux phénomènes: quelqu’un a vu l’armée attraper des «petits monstres», trois jeunes filles revenant de leur travail se figent à la vue d’une curieuse créature prostrée dans le coin d’un terrain vague, un policier meurt mystérieusement d’un mal sans nom, un chirurgien reçoit même l’ordre d’opérer une de ces choses…
Très cinématographique par moment grâce aux cadrages, on est vite captivé par le récit que l’on dévore bien trop vite. Les pages se succèdent autant que la sueur nous monte au front. C’est à en devenir presque terrifiant, surtout lorsqu’on épluche le dossier complémentaire fait d’interviews de spécialistes tout confondus.
On ne vous demande pas de croire ou non en l’existence d’une vie intelligente venue de l’espace. L’auteur nous donne juste à suivre, en bd, un récit très documenté où la narration navigue de personnages en personnages, de témoignages en témoignages. Ici, la fiction rejoint la réalité et c’est à vous donner froid dans le dos. Un docu thriller effrayant de réalisme (interdit aux septiques confirmés).
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The autobiography of a Mitroll
The autobiography of a Mitroll est une aventure racontée en deux tomes. Bouzard y est ici surprenant.
Le dessin est très enlevé, comme a son habitude mais s’affine, se précise et reste très juste. C’est surtout au niveau de la narration que la surprise réside. La trame est simple: la mère de Bouzard (en tout cas du personnage qui se réfère à) agonise et ses dernières paroles sont une révélation pour le héros: son père est un Troll. S’en suit alors un road trip à pied, des Deux-Sêvres à la Bretagne et des rencontres aussi merveilleuses qu’improbables.
Bouzard nous ayant surtout habitués à des histoires très drôles, blagues grasses et ingénieuses de pitreries, les orientations de ce nouveau travail affirment une maturité et une subtilité. Même s’il joue encore sur les notes humoristiques qui l’ont fait connaître, l’auteur ajoute une réelle dimension dramatique et poignante qui font, de l’ouvrage, un livre beau et intimiste. Du grand art monsieur Bouzard!
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Nous sommes Motörhead
Dargaud nous propose un collectif qui sent le cendrier, le Jack Daniels et l’odeur de pot d’échappement d’une bécane de Hell’s Angel: un livre sur Motörhead !
Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce groupe de Rock dévastateur, Motörhead est mené à coup de larsens et de grosse caisse depuis 35 ans, par l’immortel Ian «Lemmy» Kilmister. Traversant les générations et surtout fidèles à eux-mêmes, le combo subjugue par sa longévité et son absence de concessions consuméristes. L’hommage est de très bonne facture avec des auteurs tels que Texier, Bouzard, Konture, Blanquet, Witko, Satouf et d’autres encore. Ils nous racontent leur engouement, passion, souvenirs de jeunesse pour ce groupe qui ne peut laisser les amateurs de rock indifférents, et qui peut plaire aux curieux et néophytes!
Procurez-vous l’ouvrage, faites tourner Overkill sur votre bonne vieille platine vinyle et one two three four, Baby let’s Rock!
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O’Boys
Librement inspiré du roman The Adventures of Huckleberry Finn de Mark Twain, O’Boys, parut aux éditions Dargaud, est une magnifique bande dessinée avec Philippe Thirault au scénario et Steve Cuzor au dessin. C’ est un récit d'aventure au sens noble du terme, celle qui entraîne le héros loin de son foyer, à la découverte du monde…
Année trente. Bienvenue aux Sud des États Unis, le long du Mississipi, au bord duquel se croisent les laissés pour compte. Il y a les «Hobos», des clochards nomades, les «H-Jackers», trimardeurs et voleurs, les «Tramps», ceux qui plaquent tout par ennuis, et les «Chats gais», ces gosses de la route ou ces musiciens ratés «qui finissent par ressembler à des petits rats mouillés». Parmi ses pauvres bougres, se distinguent deux échappés fuyant la violence et la précarité, un petit blanc et un grand noir. Huck Finn, ditLittle Boss, et Charley Williams, «Lucius no fingers» le bluesman ensorcelé par sa guitare, cavalent côte à côte, l’un poussé par l’envie de retrouver son frère, l’autre, son âme. Pour ce, Huck suit la route de «Monica1», un jeu de piste connus des vagabonds, tandis que Charley espère, en vain, trouver la voix pour Crossroad (grâce au certain Wilton Coyle). Le destin les avait unis à la suite d’évènements tragiques. Dès lors une amitié profonde étaient née, chacun ayant besoin de l’autre pour survivre.
Cuzor dépeint avec justesse le portrait d’hommes face à l’adversité peu d'années après la grande crise. «Les visages sont marqués autant par la dureté de la nature que par les épreuves traversées. L’auteur possède cette rugosité qui sied parfaitement à la situation». D’une rare intensité, le récit est également un hommage au Blues «celui qui vient des tripes, mélancolique et rythmé, tout comme cet album mené tambour battant»… et qui chante les périlleuses balades de nos compères rieurs.
Ce deuxième volume, Deux chats gais sur un train brûlant, est un voyage, aux couleurs d’une tonalité saisissante, tout aussi riche et exaltant que le premier, Le Sang du Mississippi. Tout y est pour entrainé le lecteur dans une virée transcendante et débordante de vie.
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Le Pape Terrible
Découvrez aux éditions Delcourt un récit transpirant d’une cruelle vérité. Le Pape Terrible, écrit par Jodorowsky et dessiné par Caneschi Theo (Le Trône d’argile), nous dévoile, sans retenue, les travers de la Sainte Église. Faites place à l’ignominie où le pardon est un leurre et le péché commis sans peur.
18 août 1503. «Victime d'un mal mystérieux, le St Père Alexandre VI passe de vie à trépas. Aux premières lueurs de l'aube, la course au trône papal s'engage. Pour gagner le St Siège, bien des limites seront franchies sans expiation possible. En outre, le cardinal Della Rovere, ennemi juré du clan Borgia, entend bien accéder à la fonction suprême, quitte à vendre son âme au diable...». Ainsi dès les premières pages on rentre dans le vif du sujet: l’hypocrisie ecclésiastique dans toute sa splendeur. Ce qu’on nous donne à voir n’est que mensonge et manipulation, luxure et avarice, cruauté et meurtre… Non en l’honneur de Dieu mais bien au nom de la Gloire et du Pouvoir, le Vatican se transforme en lieu de débauche.
Entre ésotérisme et perversion, Jodorowsky traite une fois de plus un sujet qui lui est cher. Après Borgia illustré par Manara, le scénariste réalisateur nous entraine dans un nouveau gouffre, aux couleurs divines paradoxalement chaudes et accueillantes. Assistez à une suite d’événements trop parfaits, dépeints, grâce à Theo, à la façon des artistes de la Renaissance où le culte du beau et le goût prononcé pour le nu est mis en avant. Un dessin proche du réalisme pour mieux nous rapprocher d’une réalité écœurante.
Fidèle aux promesses annoncées, par un titre des plus évocateurs associé à l’image de la Pietà de Michel Ange revue et corrigée, l’histoire révèle un complot des plus sombres et mesquins, en total désaccord avec la moralité chrétienne. On n’en espérait pas moins! Complètement assumé, ce premier volume est réussi. Une couverture osée pour un sujet en or à vous glacer d’horreur.
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Rébétiko (la mauvaise herbe)
« Prix regard sur le monde » / Festival International de la bande dessinée / Angoulême 2010.
Avec Rébétiko (la mauvaise herbe), aux éditions Futuropolis, David Prudhomme rend hommage aux Rébètes, «ces rebelles épicuriens de la musique populaire grecque». Avec passion, il nous décrit un bref moment de la vie d’un groupe, «durant lequel on pourra goûter au charme vénéneux des bas-fonds du port du Pirée». Quand la musique libérait les esprits…
Né dans la Grèce des années 20, le rébétiko, parfois nommé le blues grec, est une musique populaire, souvent contestataire, et comparable au tango, au fado. Son univers et l’esprit libertin qui l’irrigue ont d’abord happé l’auteur. Puis celui-ci fut conquis par les personnalités des musiciens: «des marginaux déracinés de Turquie, des frères d’infortunes survivants dans les bidonvilles». Inspiré de personnages et faits réels, il raconte ici leurs errances nocturnes et comment, dans un pays dirigé par le général Loannis Metaxas, un dictateur nationaliste ayant instauré un régime autoritaire et liberticide, ces gens ivres de plaisirs, dont la culture est jugée décadente, deviennent la cible du gouvernement. La répression commence mais la chanson continue! Rejoignez Markos, Stravos, Batis, Artémis et bien d’autres qui chantent la douleur de l’exil, le romantisme des ports et leurs amours miséreuses. Ici, Prudhomme nous ravi les yeux avec son trait raffiné et son dessin clair aux couleurs ombragées. Les pages sont d’une luminosité et d’une fraîcheur toute méditerranéenne. On y sent toute la chaleur et la rudesse du Sud, de ses hommes, toute la douceur et la folie du vent, de ses femmes, et les odeurs des figues fraiches où l’ombre de l’olivier se couche…
Un récit somptueux aux images fantasmagoriques. «Prudhomme réussit la prouesse de faire vibrer les bouzoukis dans les yeux de ses lecteurs, à tel point qu’on sort de la lecture avec une impression sonore». Enivrant. Hypnotique!
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Princesse du sang
Sélection Officielle / Festival International de la bande dessinée / Angoulême 2010
La Princesse du sang est l’adaptation inespérée d’un polar écrit par Jean-Patrick Manchette dans les années 90 et jusqu’ici resté inachevé après la disparition de l’écrivain. Grâce à l’aide de son fils Doug Headline, lui même auteur et journaliste, Max Cabanes met en image une histoire haletante, mêlant aventure et espionnage, action et géopolitique.
Janvier 1956 Ivory Pearl, «célèbre photographe qui va là où les mecs ont peur d’aller, le Robert Capa femelle» décide de se retirer au beau milieu de nulle part, à l’écart des sensations fortes devenues épuisantes et envahissantes. Personne ne la retiendra, pas même Robert Messenger, son protecteur, seule famille, seul confident. Bien au contraire cet ancien officier de la Royal Air Force l’encourage à se retirer du côté de Cuba, dans les montagnes de la Sierra Maestra. À son insu, il va l’impliquer dans une opération des services du contre-espionnage français. Réputée pour ses reportages de guerres et son mépris du danger, cette femme à la poigne de fer va se retrouver au cœur d’un trafic d’armes et d’une ancienne affaire de kidnapping qui risque de lui coûter cher, surtout après une rencontre inattendue dans la jungle. Se laissera-t-elle manipuler ? Ou surprendra-t-elle une fois de plus le monde par son courage et sa tête dure?
Le dernier roman écrit par Manchette était resté sans fin ! Aujourd’hui, avec ce premier volume d’un dyptique annoncé, Headline et Cabanes nous tiennent en haleine. Marchez et suivez en image les traces écrites d’un dénouement que l’on attend avec impatience.
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Dungeon Quest
« Prix du jury » / Festival International de la bande dessinée / Angoulême 2010.
Une fois de plus l’Association nous régale avec une nouvelle traduction de l’œuvre singulière du jeune Sud-Africain Joe Daly. Voici dans la collection Espôlette, le premier tome d’une trilogie déjantée: Dungeon Quest, une «Fantasy Adventure» définie par le héros en début d’ouvrage.
Bienvenue dans l’univers fulgurant de Millenium Boy, notre personnage principal à la tête ronde et modeste comme une montgolfière. Préparez vous pour une envolée lyrique dans son genre et joignez vous à l’équipe de choc que forme le quadruple Millenium Boy, le mage, Steve, le voleur, Lash Penis, le guerrier et Nerdgirl, l’archer. Inspiré fortement de la culture des jeux de rôle, ce récit ravira tous les amateurs du genre. Le lecteur suit l’évolution rocambolesque des personnages qui cumulent des points d’expériences à chaque action héroïque, accumulent de nouveaux équipements, armes et costumes confondus et bien sûr rencontrent sur leurs passages des personnages complètement improbables, clochard poète, homme taupe et indien allumé au calumet de la paix bien chargé. Quant aux néophytes, ils devraient être séduits à la fois par «la densité narrative de ce récit d’action, que par le décalage humoristique, ésotérique et psychédélique avec lequel Joe Daly pervertit sa propre histoire».Vous l’aurez saisi, cette histoire à rebondissements est truffée d’idées grotesques et de clins d’œil à mourir de rire.
Attachez vous pour une aventure épique, digne d’un geek. Ce petit format en noir et blanc est à caller dans une poche, à l’abri des voleurs et des ennemis alentours. Et pour ceux qui ne connaissent pas encore cet auteur talentueux, je vous invite sans plus attendre à dévorer ses ouvrages antérieurs dont la succulente, prodigieuse et prometteuse aventure The Red Monkey dans: John Wesley Harding, un road movie original et planant. |
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Happy Sex
Après son succès absolu et incontesté avec Titeuf, notre cher Zep, grâce à Happy Sex, s’attaque à un sujet réservé cette fois-ci exclusivement aux adultes. Quoi de plus coquin et fantaisiste que de nous coucher sur papier les quelques ébats divers et variés auxquels nous sommes tous confrontés…
Voici une galerie X des plus croustillantes où l’auteur nous montre avec humour, sans tabous, les petits délices ou vices secrets de l’acte sexuel. Car les gens ont parfois recours à de drôles de mœurs, des pratiques sadomasochistes aux partouzes idylliques, du complexe de l’éjaculateur précoce à l’amant insatiable… Tout semble possible, du plus sérieux au ridicule. Sans vulgarité ni pudeur, il nous livre des moments intimes où le plaisir glisse vers le rire. Son dessin, sans équivoque, nous tire les lèvres jusqu’aux oreilles: comment résister aux expressions exagérées des personnages, à leurs positions sportives et loufoques ainsi qu’aux alléchants commentaires? De délicieuses aquarelles hautes en couleurs, au service d’anecdotes familières pour certains, révélatrices pour d’autres.
Happy Sex met à nu les mœurs singulières et si humaines, des drôles de créatures que nous sommes. À vos lunettes, lentilles ou loupes! Examinez en profondeur et sans complexe les quelques clichés finalement gentillets, amusants, dans lesquels beaucoup se retrouveront.
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Le signe de la lune
Sélection Officielle / Festival International de la bande dessinée / Angoulême 2010
Découvrez ce fabuleux conte écrit par Enrique Bonet et illustré par Jose Louis Munuera, dans la collection Long Courrier chez Dargaud. Imprégnez-vous de l’ambiance spectrale et laissez vous aller à l’étrange enchantement de cette histoire mélodramatique.
Dans un petit village reculé d'Espagne, les habitants d'Aldéa sont sous l'emprise de vielles croyances ancestrales. Malgré les revendications et médisances des plus âgés, certain gamins s'en vont en forêt braver les dangers. Parmi eux se trouve la jeune Artémis, fascinée par la beauté hypnotique de la lune. Pour admirer de toujours plus près l'astre spectral, elle entraîne son petit frère dans des aventures toujours plus casse-cou jusqu’au jour où tout bascule… Quelques années plus tard nous retrouvons ces gamins devenus grands dont les destins semblent liés et scellés par la reine de la nuit.
L'histoire presque intemporelle est constituée en deux chapitres bien distincts, l'un appartenant au passé, celui de l'enfance, l'autre tourné vers le futur, le monde adulte. Une intrigue simple au service d’une réflexion subtile sur la vie et ses maux. D’un blanc immaculé teinté de gris, cet ouvrage est un régal pour les yeux. Magnifiquement dessiné, Munuéra nous livre assurément les plus belles planches qu’il n’ait jamais réalisé et nous offre des dessins à l'image de la lune,dont la grâce n’a d’égal que sa parfaite rondeur.
Entrez au cœur de cette œuvre tendre et crépusculaire, dont le scénario et le dessin sont parfaitement maîtrisés. Une plongée émouvante et poétique dans la campagne espagnole des années vingt, au fil d’un superbe conte noir et magique.
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L’or et le sang
Sélection Officielle / Festival International de la bande dessinée / Angoulême 2010
Publié par la maison d'édition 12 bis, L’or et le sang est un projet à 5 mains scénarisé par Fabien Nury (Il était une fois en France, West) et Maurin Defrance, dessiné par Bedouel et Merwan Chabane (Fausse Garde) puis colorisé par Romain Trystram. Rares sont les bandes dessinées où de nombreux auteurs collaborent avec tant d’assurance, de cohésion et de classe.
Voici l’histoire de deux hommes que tout oppose. Ils n’auraient jamais dû se croiser et pourtant le destin les a réunis grâce à une petite chose de la nature. Léon Matilo, ancien truand corse, et Calixte de Prampéand, aristocrate issu d’une riche famille d’industriels, font connaissance au fond d’un trou noir puant la mort ; à leur côté se tiennent des compagnons terrorisés et… un hérisson alcoolisé. Alors pris au piège dans les tranchées pendant la Grande Guerre qui ébranle le pays, les deux survivants s’accrochent à la vie en se réfugiant dans une fabuleuse légende: celle d’Arudji, un esclave devenu pirate puis roi d’Alger. Persuadés qu’ils ne sortiront pas vivants de cet enfer, ils font un pacte délirant au beau milieu d’une folie meurtrière : s’ils échappent à la mort, eux aussi partiront à la conquête de la Méditerranée… Bien des années après ils se retrouvent et partent à l’aventure, l’arme au poing, la tête froide et dure, les idées bien en place…quoique!
Dans un style qui se détache de la majorité de la production actuelle, les auteurs nous offrent des planches dynamiques et séduisantes où les combats de tranchées comme les scènes d’abordage sont toutes aussi spectaculaires que les paysages méditerranéens dont le vieil homme, narrateur, semble issu. D’ailleurs qui est cette personne? Cela renforce notre impatience à découvrir la suite du récit.
À l’unisson les auteurs et le conteur nous livrent avec générosité et humour, une histoire d’amitié hors du commun sur fond historique. Entre fiction et réalité, ce récit à rebondissements, corsé et poivré, séduira indéniablement les amateurs d’aventures.
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Dieu en personne
Après quelques années de silence, Marc Antoine Mathieu revient sur les devants de la scène avec un one shot des plus originaux de la rentrée 2009. L’auteur en personne vous présente Dieu en personne, aux éditions Delcourt. Ce n’est pas une mince affaire que de tenter d’imaginer l’impossible et pourtant… cet auteur talentueux excelle dans l’art de raconter l’irracontable.
Imaginez… Si aujourd’hui Dieu, l'Unique, le Sublime, se réincarnait et descendait sur Terre? Comment réagirait l’espèce humaine? Et bien l’homme fidèle à lui-même n’a rien trouvé de mieux, que de lui coller un procès aux fesses. Et oui! La société civilisée n’a aucunement l’intention de lui réserver un traitement de faveur et cela va de soit: Dieu est parmi nous, Dieu est Créateur de toutes choses, Dieu devra en répondre devant ses créatures. En bref qu’il prenne ses responsabilités en main, ainsi soit-il! Adoré pour des siècles et des siècles, le voici médiatisé, exploité, démystifié… Et pourtant à son procès ce petit bonhomme ne manque pas de répartie. Il est dans la partie et tout se joue, il l’a bien compris, sur les règles de la rhétorique.
D’ailleurs Marc Antoine Mathieu excelle en la matière. Nourri de références philosophiques et littéraires, les dialogues sont d’une qualité à la hauteur du «Très Haut»: éloquents, percutants, cinglants qui ne manquent ni d’humour, d’ironie voir d’autodérision. Quant au dessin, l’auteur reste fidèle à son genre: un noir et blanc tranché d’un gris franc, qui incarne là, le visage de l’humanité: bon et mauvais tout à la fois. Finalement, cet ouvrage est une série de remise en questions au sujet de Dieu, sa responsabilité, son intégrité… vis à vis des hommes, limités, stupides, têtus… l’autre sujet abordé et prépondérant.
Dieu en personne nous renvoie l’image de nous même et c’est à mourir de rire devant tant d’absurdité. Jusqu’où sommes nous capable d’aller ? Pour le savoir, il vous faudra lire les 123 pages hilarantes et terrifiantes de cet ouvrage sujet à la controverse. Délectez-vous de ce breuvage exquis et intelligent. Car là où l’on croit que cette bande dessinée soulève la question fondamentale de l'existence de Dieu, tout porte à croire que c’est le sens de l’humanité qui est en jeu.
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Pachyderme
Sélection Officielle / Festival International de la bande dessinée / Angoulême 2010
Voici le nouvel album de Frédérik Peeters, paru aux éditions Gallimard. Pachyderme est un one shot qui fait contre poids au récit humain, réaliste et autobiographique, que l’auteur a eu jusqu’ici l’habitude d’exploiter. Cette histoire sort des sentiers battus, d’ailleurs elle débute ainsi…
Caprice, l’héroïne dont le mari vient d’être victime d’un accident, tente de rejoindre l’hôpital où il a été emmené. En route, un pachyderme étendu sur la chaussée empêche la circulation d’avancer et la contraint à changer de cap. C’est ainsi que débute son aventure. Un long périple l’attend, semé de bizarreries, spirale émotive qui aura sur elle des effets vertigineux. Pour rejoindre son homme, elle traverse une forêt étrangement inquiétante, s’imposant naturellement comme une frontière symbolique et vague qui sépare la raison de l’irrationnel. Puis elle arrive à l’hôpital, un établissement labyrinthique, démesuré et constitué d’un véritable dédale de couloirs semblables et interchangeables, dans lequel elle se perdra. Elle y rencontrera des personnages dénués de sens, un foetus monstrueux qui lui fait signe de la main, un espion grotesque qui lui parle de la guerre froide, un cadavre qui lui tient des propos de psychologue…
Voici le tableau haut en couleur de ce récit peu conformiste où l’ordre des choses est fortement perturbé. La tournure des évènements, prend des allures surréalistes et la construction narrative devient «chaotique». Au fil des pages, on la sent prise au piège autant que l’on perd le fil conducteur, si tenté qu’il y en a. C’est le jeu, celui de la folie ou du rêve, dans lequel tout est permis et rien n’a de sens. À chacun d’y chercher une interprétation, cohérente ou non.
Qui aura le courage de tenter une lecture sans allers-retours pour vivre pleinement l’expérience ? Le nouveau livre de Frederik Peeters nous dérange comme dans un film de David Lynch et nous fait rire comme dans la série Ally McBeal. L’étrange étrangeté qu’il immisce en son sein à de quoi dérouter. Nous perdons pied autant que l’héroïne. Onirique et curieusement subjuguant.
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La Petite Fille Bois-Caïman
25 ans après les Passagers du vent, sorti à l’époque chez Casterman, Bourgeon poursuit l’aventure avec ce nouveau tome, La Petite Fille Bois-Caïman parut aux éditions 12 Bis. Avant tout, relisez les cinq premiers tomes du premier cycle pour apprécier à sa juste valeur la suite de cette grande fresque historique.
Replongez dans les méandres du Foudroyant, de son fier équipage de 800 ans hommes, dont le jeune et vaillant matelot Hoel, et de la Fille sous la Dunette, notre belle héroïne portant le nom d’Isa. Rappelez-vous des Caraïbes et de sa prison nommée Ponton où Isa et son amie Mary tenteront un plan d’évasion. Souvenez-vous aussi du négrier, la Marie Caroline, se dirigeant vers la Guinée et jetant son ancre devant l’antre du Comptoir de Juda. N’oubliez pas le sordide marchandage qui sévit à l’époque, entre l’Afrique et l’Europe, sonnant l’Heure du Serpentoù comment les blancs tente d’acquérir les noirs surnommés Bois d’Ébène. Au bout du voyage, nous laissions Isa l’intrépide, âgée seulement de 18 ans, seule et livrée à elle-même sur les côtes de St Domingue en 1782. Le sourire aux lèvres et les yeux plein d’espoir, nous la quittions en imaginant son destin… C’est ce que Bourgeon nous invite à découvrir dans cette suite mais pas seulement.
Le temps s’est écoulé, nous sommes en 1862. L’image des chaloupes en bois grinçantes et suintantes, des enchevêtrements de cordes et poulies, laisse place à l’esthétique nouvelle de l’ère industrielle, faite de vapeur, de métal et fumées noir. Isa a changé. Sa chevelure d’ébène, tout comme son identité, s’entremêle avec la tignasse flamboyante de l’étrange rousse qu’est Zabo, un nouveau personnage clef. Le lecteur assiste au soulèvement des esclaves à St Domingue, à la guerre de Sécession en Louisiane et finalement, continue à voyager au gré du vent.
Bourgeon est resté fidèle à l’univers du premier cycle mais quelques différences apparaissent, notamment sur le traitement de l’image. «L’eau a coulé sous les ponts» depuis la naissance de cette fameuse saga maritime, mais laissez-vous porter vers de nouveaux horizons. Bourgeon nous y invite. Un bel hommage!
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Le Roi Rose
David B. nous fait le plaisir d'adapter en bande dessinée une nouvelle peu connue de Pierre Mac Orlan, le Roi Rose, extraite de la Chronique des jours désespérés. Son histoire est celle du fameux Hollandais Volant, un bateau de pirate condamné à errer pour l’éternité sur les mers désolées. La légende du navire maudit à longtemps terrifié et hanté les esprits mais il garde toute sa force symbolique, la preuve en est avec cet ouvrage onirique.
Nous voici à bord du plus populaire des navires fantômes. Des pieds morts foulent le bois en quête d’une mort prochaine. Leur peur: l'éternité d'une vie de mort sans terreur, ni saveur, sans sueur, ni labeur, sans souffle, ni cœur. Ainsi nos héros, des squelettes ambulants, tentent par n’importe quel moyen d’abréger leur calvaire mais en vain. Á chaque fois ils en réchappent et poussent le même cri d’indignation "Catastrophe, nous sommes sauvés !". Quelle galère! Finalement l’histoire se répète et la tentative du suicide collective se renouvelle, pour le plus grand désarroi et la joie, tout à la fois, de l’équipage. Paradoxe? Non malédiction presque ironique puisqu’à force de chercher la mort ils trouvent la vie, incarnée par un poupon tout rose qu’ils nommeront le Roi Rose. Le petit naufragé, au fil du temps, insuffle un but à leur misérable existence, ce qui les rassure et leur suffit. Mais quand est-il de cet être vivant? Lui qui grandi entouré de défunts, certes attachants mais puants définitivement, va se trouver face à un problème existentiel…
Á l'origine, cette nouvelle est une parabole, courte et poétique. La rédaction, d'une simplicité déconcertante, est au service d'une réflexion débordante de complexité, celle de la vie et de la mort. Ce récit initiatique est aussi une métaphore sur l’enfance, un des thèmes de prédilection de l’auteur qui d’ailleurs l’illustre avec magie et élégance. David B. nous offre une suite d’illustrations, d’une étrangeté ésotérique digne de ce nom.
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Sandokan
Casterman nous offre ici, une publication inédite et surprenante, réalisée par un duo italien de renommée. Voici Sandokan, une bande dessinée écrite par Milani à la fin des années 60 et dessinée par Hugo Pratt au moment même où il réalise en solo la Ballade de la mer salée. Sortie d’un vieux carton oublié dans le coin d’un grenier, découvrez le fruit à peine mûr mais appétissant de cet ouvrage qui recèle les prémisses d’un jeune moussaillon devenu maître aujourd’hui.
Surnommé, le Tigre de Malaisie, l’histoire de Sandokan est adaptée du roman écrit par l’italien Emilio Salgari (1862/1911). Avec Milani, Pratt nous conte les aventures de ce pirate redoutable du XIX° siècle, qui sévit dans les alentours de Bornéo en 1849. «De son île sauvage, il prépare des raids en tous genres, galvanisé par sa haine des Blancs, qui avaient assassiné sa famille. Le récit commence alors qu’une tempête balaie le repère de Sandokan, et qu’un marin portugais vient lui parler d’une splendide jeune femme aux cheveux d’or, ce qui décide le pirate à partir à sa recherche ...».
Ce personnage, aussi vieux que Corto Maltese, pour des raisons obscures demeura tapi dans l’ombre pendant des décennies. Son épopée aurait pu devenir épique, au lieu de cela, Hugo Pratt n’aura dessiné que les deux premières parties du récit. Ceci dit, appréciez aujourd’hui l’hommage qui lui est rendu.
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Les épées de verre
Avec les Humanoïdes Associés, découvrez une nouvelle série, Les épées de verre ainsi qu’une auteur mal connue et pourtant talentueuse, Laura Zuccheri. En collaboration avec la scénariste Sylviane Corgiat (Elias le maudit, Lune d'Ombre), cette dessinatrice italienne de fumetti pour Bonelli fait son entrée dans la BD franco-belge. Ensemble, elles nous offrent une aventure fantastique prometteuse.
Dans un monde pré apocalyptique, le soleil est devenu un ennemi redoutable menaçant d’anéantir la terre sur laquelle vit la jeune Yama et son peuple. Cette gamine téméraire se découvre alors un destin hors du commun: elle est l’une des élues choisies pour réunir quatre épées magiques. Quatre lames permettant d'ouvrir une porte sur un autre monde, une sorte d’eldorado ou de terre promise pour les survivants dont la peur ne cesse de croître. Mais Yama, dont le père a été massacré par les siens et la mère enlevée par un bandit, ne laissera-t-elle pas son désir de vengeance éclipser cette mission ?
Cette histoire intemporelle nous propulse dans un monde aux allures médiévales où la terre est jonchée d’une nature luxuriante aux couleurs généreuses et peuplée de créatures oniriques dignes des bestiaires inventés par Léo (Aldebaran, Beetlgeuse) ou Myasaki (Princesse Mononoké). À découvrir…
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RICHARD STARK’ PARKER: THE HUNTER
Par Darwyn Cooke
Cet auteur aux graphismes, et aux tendances générales, très rétros a choisi d’adapter le roman «The Hunter» de Donald Westlake sous le pseudonyme de Richard Stark.
Connu en France sous le titre de «Comme une fleur», cet ouvrage fut adapté au grand écran deux fois. Une première fois en 1967 «Le Point de non-retour» de John Boorman avec en tête d’affiche Lee Marvin et ensuite avec «Payback» de Brian Helgeland cette fois-ci avec Mel Gibson. Notons que le personnage clef dans les adaptations s’appelle respectivement Walker et Porter.
Cooke, qui décidément a une préférence pour les années de l’après-guerre(New Frontier, Spirit), signe ce qui est le premier d’une série de quatre adaptations de livres des mésaventures de Parker pour l’éditeur IDW.
L’histoire est simple. Parker déboule à moitié mort, crasseux et sans un sou dans New York. Il va ensuite se remettre d’aplomb puis se hisser de magouille en magouille à une position financière plus confortable pour pouvoir trouver les coupables qui ont tenter de l’expédier dans l’autre monde. Le lecteur decouvre au fur et à mesure de «la chasse» les conditions qui ont menés le personnage principal à en arriver là.
Il s’agit là d’un bon roman noir. Un polar à l’ancienne où le héros, si on peut qualifier un sociopathe de cela, est violent, sûr de lui et inarrêtable. Les amis, les filles et même la mort ne sont que des obstacles qui s’interposent entre lui et son but.
Le dessin, le design ainsi que la couleur monochromatique du livre participent pleinement à plonger le lecteur dans le récit anachronique qui nous est donné.
Cependant, j’émets une réserve quand à la qualité graphique fluctuante du trait selon les séquences de narration.
En résumé: Darwyn Cooke a fait un boulot de fou en adaptant un vieux roman mais on sent qu’il a encré à la va-vite son travail en regardant la télé pour les parties qui l’emmerdaient.
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Rosalie Blum
« Prix révélation » / Festival International de la bande dessinée / Angoulême 2010.
Avec Rosalie Blum, édité en trois volumes chez Actes Sud, Camille Jourdy signe la fin d’une aventure humaine humble et touchante, dont je vous recommande la lecture sans la moindre hésitation.
Souvenez-vous… Vincent Machot, trentenaire, célibataire, vivant presque chez sa mère, travaille dans le salon de coiffure tenu jadis par son père. Sa vie comme il le dit est pratique et confortable. Un jour une rencontre bouleverse ses petites habitudes. L’impression de déjà vu1 le pousse alors à suivre Rosalie Blum l’épicière du coin, une femme qui de visu n’a rien à envier. À son insu, il l’observe quotidiennement. Haut les mains peau de lapin2 ! Pris par son propre jeu, il est à son tour épié contre son gré par une tierce personne, Aude. La filature brise la monotonie de nos trois protagonistes en même temps qu’elle nous promet, à nous lecteur, quelques surprises et scènes croustillantes.
C’est une histoire banale de gens ordinaires et Camille Jourdy nous la raconte avec générosité, fraîcheur et humour. Le récit, entrecoupé par de splendides aquarelles en pleine page, est ponctué de moments intimes ; allant des petits délires infantiles d’une mère sénile au rêves troublants voir traumatisants du héros. L’auteur réussit par son dessin léger et sa mise en scène libre, à dépasser la morosité qu’inspire chacune de ces vies tout en attisant notre curiosité. Les protagonistes mis à nu, en deviennent attachants.
Camille Jourdy nous montre et nous raconte en toute beauté et simplicité, les destins croisés d’hommes et de femmes. Tout en détails et en finesse cette bande dessinée est une gourmandise à déguster. Un vrai délice de couleurs et de motifs. Prometteur. 1 Titre du premier volume. 2 Titre du second volume.
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Gaspation et Josette de rechange
Sélection Officielle / Festival International de la bande dessinée / Angoulême 2010
Il y a peu Charlie Schlingo nous quittait. Florence Cestac avec Jean Teulé, raconte l’histoire de ce poète déglingué, dans un somptueux ouvrage humoristique, Je voudrais me suicider mais j’ai pas le temps, parut aux éditions Dargaud. Aujourd’hui L’Association lui rend hommage à son tour en rééditant deux ouvrages croustillants sortis respectivement en 1979, aux éditions du Square, puis en 1981, chez Albin Michel.
Ainsi, Gaspation, un pavé dont certaines pages sont inédites, conte les péripéties grotesques de Tamponn Destartin et Désiré Gogueneau, des héros complètement cinglés se baladant gaiement dans un univers débordant d’idioties. Quant à Josette de rechange, c’est l’histoire absurde, sans queue ni tête, d’un petit bout de femme gaillarde en quête du grand amour.
Alimentés d’onomatopées délirantes et de vocabulaires incongrus, ces récits sont nourris de références issues du monde de Popeye, Pépito ou Mickey Mouse. Vous y découvrirez des personnages rocambolesques, créés par un énergumène extrême et touchant, gravement atteint d’ironie et de provocation naturelle. Des scènes d’action, aux rebondissements improbables toutes plus farfelues et inventives les unes que les autres, vous couperont le souffle !
Le travail de Shlingo est généreux, pimenté et inédit. C’est un bouillon d’idées qui semble surgir quasi instantanément, sans même mijoter. N’est ce pas là le témoignage d’une poêle bien huilée, celle d’une pratique efficace de l’écriture automatique ou spontanée? On vous salue Mr Schlingo pour cette prouesse ou plutôt pirouette qui nous tient en haleine ! À déguster sans modération.
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Pico Bogue
Sélection Officielle / Festival International de la bande dessinée / Angoulême 2010
Voici le deuxième volet de Pico Bogue : Situations Critiques aux éditions Dargaud. Si vous aimez Calvin et Hobbes de Watterson, Le petit Nicolas de Sempe ou Peanuts de Schulz vous en tomberez amoureux. Ce petit bijoux, signé Dominique Roques et Alexis Dormal nous invite à découvrir la vie de Picolo, un gamin comme la plupart des gamins, débordant de vitalité, curieux et intrépide.
Entouré d’une petite sœur taquine et maline nommée Ana Ana, de parents sympathiques mais décidément trop adultes, de Papic et Mamit présents et attendrissants, Pico au delà des chamailleries et des blagues, s’éveille à la vie. Il grandit et se pose des questions.
Conté sous forme de strips humoristiques, on se plait à rire de ces petites mésaventures drôles et futiles, mais surtout de ses remarques enfantines. Notons le, ce môme à la touffe rouquine et l’allure clownesque ne manque pas de répartie. Il commente parfois, de manière philosophique ou moraliste, les évènements auxquels il fait face. Cela en devient burlesque ou ironique.
Tel un album photo, en parcourant les pages de cette BD, on savoure les anecdotes qui font des petits riens, les grands moments d’une vie. Pico Bogue, est la BD la plus rafraichissante du moment. À déguster à grande gorgée comme le jus d’orange du matin qui, du bout des pieds à la pointe des cheveux, vous donne l’énergie et le sourire pour la journée.
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